L'humanité continue de courir après le pétrole, irremplaçable dans l'immédiat, mais elle est consciente de ce que ses trouvailles dans les lieux les plus invraisemblables, "off shore" profond, ou arctique surgelé, seront flambées "en moins de deux". Tôt ou tard, il faudra lui trouver un remplaçant, et on ne voit pas comment l'intelligence humaine, et son activité particulière, la science, pourraient ne pas être mises à contribution. 

Car l'option "décroissante" du retour au vélo, à la traction animale, au gazogène pour quelques besoins exceptionnels, n'est pas tenable.

Le pétrole c'est la vie! C'est grâce à la vie qu'il existe. Nous brûlons moins d'un millième des résidus des êtres vivants, animaux ou végétaux, qui se sont succédés dans la biosphère que s'est ménagée notre planète depuis trois milliards et demi d'années. Comme la vie continue, entretenue par elle même grâce à sa capacité d'intégrer l'énergie solaire dans sa substance, il tombe sous le sens que c'est vers cette fabrication continue de matière première que l'humanité devra se tourner. Le problème, c'est qu'il n'est pas possible d'attendre que la biomasse (les déchets) ait fait le même parcours que le charbon, le pétrole, et le gaz que nous consommons aujourd'hui, et de nous contenter du rendement ridicule de sa transformation "naturelle". 

Il y a longtemps que l'humanité connait "l'eau de feu", et s'en sert pour faire la fête ou traiter sa déprime. La distillation qui permet de la concentrer pour la rendre inflammable et plus radicalement enivrante n'a pas eu de mal à être adaptée à l'échelle industrielle, et nous savons maintenant fabriquer des flots d'alcool à partir de végétaux fabricant du sucre*, ou son concentré, l'amidon. Cependant, l'alcool est un carburant médiocre et corrosif, et les résidus, formés de cellulose et de lignine, représentent une quantité de molécules de sucre inutilisables. Aux dernières nouvelles le rendement de cette chimie des végétaux les plus favorables ne dépassait pas 18%. Alors que le potentiel théorique de tout végétal est de 100% du produit sec. Il est entièrement composé de molécules de sucre accrochées solidement en chaines. Comment fragmenter ces chaines sans utiliser plus d'énergie que celle qu'on peut attendre de l'opération? Tel est le défi.

Auquel s'ajoute la préoccupation de ne pas prélever une partie de la nourriture destinée aux hommes et aux animaux qu'il élèvent dans l'intention de s'en nourrir**. Il y a bien une impressionnante quantité de déchets végétaux dépourvus d'intérêt alimentaire, et dont le destin était de disparaitre naturellement en plusieurs années, grâce au travail patient et intéressé de bactéries et de champignons. Mais il fallait trouver le moyen de faire rapidement et de manière rentable le même travail que celui qu'accomplit la nature.

Ce but aurait été atteint dans les installations prototypes conçues par la CIMV, une PME vouée à cette recherche, avec le soutien des principaux instituts de recherche français (INRA) et européens, dans le cadre d'un projet européen. L'ensemble des procédés permet de récupérer, selon les ingénieurs, 100% de la biomasse traitée, sous la forme de ses principaux composants, cellulose, hémicellulose, et lignine. Chaque partie peut être transformée en pâte à papier , en matières, nouvelles, à usages divers, ou en bio-carburant. Le tout pour un coût encore très élevé, incapable, sans subvention, de rivaliser avec les produits d'extraction.

Mais on sait que l'industrialisation est, depuis toujours, le moyen de faire baisser, jusqu'à un niveau accessible, le prix de ce qui est devenu indispensable à l'homme. Comme la hausse régulière des prix du carburant ne fait pas reculer l'utilisation des véhicules automobiles, il est certain que, même en maugréant, les hommes modernes l'achèteront, et les carburants de substitution deviendront rentables.

Sceptique

*J'emploie le générique "sucre", qui englobe une grande famille, mais qui est le plus parlant pour notre espèce gourmande.

**L'élevage est honni par les "bienfaiteurs de l'humanité", qui voudraient un retour au végétalisme....qui n'a jamais existé pour notre espèce.

Source:Le "Monde" du 6/09/2011, p.9, "Planète"