C'est une émission de LCI, arbitrée par le journaliste Romain Hussenot. Je ne la suis que de temps en temps, en raison de son heure de diffusion habituelle. Elle opposait, à ses débuts, Olivier Ferrand, fondateur de Terra Nova, un think-tank proche du Parti Socialiste, et Charles Beigbeder, un "patron", féru des problèmes de société. C'était un dialogue de sourds. Il n'y avait rien de commun entre les deux "debaters", représentant deux mondes se voulant inconciliables. 

J'ai découvert, après quelques mois d'abstention, que Beigbeder était remplacé par Rama Yade, l'égérie de la campagne de Nicolas Sarkozy, qui "emballait" les foules par son verbe. Récompensée de sa précieuse prestation par un poste de secrétaire d'état(droits de l'homme) auprès de Bernard Kouchner, Ministre des Affaires Étrangères, elle n'a pas tardé à ruer dans les brancards, et à mettre les pieds dans le(s) plat(s), ce qui lui valait des rappels à la solidarité ministérielle. L'agacement doit être le père de l'ingratitude. Peu à peu, comprenant un passage par les sports, Rama Yade a été poussée dehors. Trop intelligente, trop fougueuse, trop rebelle, pour jouer en équipe.

Ce qui ne veut pas dire qu'elle ait choisi la solitude, la tour d'ivoire. Elle a reporté sa capacité d'aimer sur Jean-Louis Borloo, quittant l'UMP sur ses pas, se faisant Radicale, pour mieux le... guider*, sûrement!

Dès ce premier "Think-Tank", assuré par Olivier Ferrand et Rama Yade, auquel j'ai assisté, j'ai été surpris par le changement d'Olivier Ferrand. Il était subjugué par sa partenaire, écoutant ses arguments sans l'interrompre, lui répondant avec respect, et montrant même une pointe d'admiration. Et elle, époustouflante d'intelligence, développant son analyse, ses conclusions, à la fois originales et convaincantes. Ne défendant aucun parti, aucun Ministre, aucune politique, elle pouvait se livrer à l'exercice en toute indépendance.

Je "les" ai revus hier, pendant le dernier quart d'heure de leur dialogue. Olivier Ferrand développait une plaidoirie pour la Grèce, insistant sur la nécessité de la solidarité, pour sauver une Europe, qui n'avait plus qu'une issue: se fédérer encore plus, mettre en commun les dettes de ses membres, négocier solidairement les taux des futurs emprunts. Rama Yade, elle, fustigeait la cigale grecque, défendait la fourmi allemande, ne tremblait pas devant la crise de plus en plus menaçante. Mon impression, c'est que les partis originaires étaient "out", que le débat n'était plus un choc entre deux visions théoriques de la société, mais entre deux intelligences libres. Je penchais pour le point de vue d'Olivier Ferrand, par conviction des bienfaits de l'idée européenne, malgré les imperfections de l'Arche de Noé** qu'elle est encore. Le Mont Ararat est bien loin. Quant à Rama Yade, je me disais qu'elle était toujours au stade de l'électron libre, inclassable, "irrécupérable", au sens flatteur du mot. 

Sceptique

*L'intelligence n'empêche pas de se faire des illusions. Au contraire, même. 

*L'Arche de Noé est le deuxième "ratage" de la création. Il ne faut pas se lamenter ne n'avoir pu faire mieux que Dieu!