À l'issue du premier procès, qui avait abouti au constat de la faiblesse du dossier à charge construit sur une conviction pré-établie d'un accident chimique par négligence, et conclu par un acquittement général des prévenus de tous niveaux, les victimes ou leurs ayant-droits avaient interjeté appel, et le procès en appel est actuellement en cours, cette fois-ci dans le plus épais silence médiatique.

"On" en a un peu parlé, il y a quelques jours, à l'occasion du témoignage du juge Bruguière, spécialisé dans l'anti-terrorisme. Le juge estime que la piste de l'attentat, bien qu'invoquée immédiatement en raison de la proximité des attentats du 11 Septembre de la même année, a été négligée.

La revue générale des accidents destructeurs et meurtriers liés à la présence de quantités importantes de nitrate d'ammonium (NO3NH4 pour les vieux chimistes et NH4NO3 pour les jeunes) montre que pour aboutir à une explosion de ce "comburant", fournisseur d'azote aux cultures, mais potentiellement fournisseur d'oxygène à un carburant, il fallait réunir trois conditions: 1)le confinement: murs d'un entrepot, parois d'un wagon ou d'un camion-citerne, coque d'un navire. 2)la chaleur d'un incendie au contact du stock d'ammonitrate, contribuant à dissocier la molécule et à libérer l'oxygène. 3) l'existence d'un carburant susceptible de "profiter" de cet apport d'oxygène et de se consummer instantanément, sur le mode explosif. 

Ce qui explique que dans la totalité des accidents recensés, un incendie précède d'un temps mesurable en heures l'explosion proprement dite. 

Des accidents ont été provoqués par des tentatives de destruction par explosif de nitrate d'ammonium en vrac, aggloméré par l'humidité. La proportion du produit participant à l'explosion est d'environ 10%. Des événements impliquant des explosions d'obus ou de bombes d'avions n'ont abouti qu'à la dispersion de l'ammonitrate. 

L'hypothèse d'un attentat avancée par le juge Bruguière impliquerait l'introduction, non détectée, dans l'usine, de quantités de l'ordre de plusieurs tonnes d'explosif, puisqu'il est établi que l'ammonitrate stocké ne participerait pas à la puissance de l'explosion. Rien, dans l'enquête qui a suivi l'explosion, n'a conforté l'hypothèse d'un attentat exigeant ces conditions de quantité. À ma connaissance, aucune revendication sérieuse et troublante n'a été retenue. 

L'adoption immédiate, par l'instruction, de l'hypothèse d'un accident chimique provoqué par un mélange par erreur d'ammonitrate avec un dérivé chloré, peut avoir empêché la prise en considération d'autres hypothèses, mais la faiblesse de celle qui a été retenue, incapable d'avoir déclenché une explosion, sans prémice, de la totalité du stock d'un produit qui n'est pas, lui-même, un explosif (il peut faire partie d'un mélange, comme fournisseur d'oxygène), n'a pas convaincu les experts et le tribunal. 

Une enquête des journalistes Franck Heriot et Jean-Christian Tirat, publiée en 2009, mais dont je n'avais pas eu connaissance, reprend cette comparaison avec des événements antérieurs (et même postérieurs) à la catastrophe d'AZF, et aboutit au même constat, l'invraisemblance de l'hypothèse chimique retenue. Mais ils ajoutent d'autres éléments, les effets sismiques (3,4° de l'échelle de Richter) de l'explosion, qu'ils comparent avec ceux d'accidents impliquant de l'ammonitrate mélangé à du carburant, et aussi avec l'impact de l'effondrement, d'une seule pièce, des Twin Towers, le 11 Septembre 2001, tous nettement plus faibles que ceux dus à l'explosion de Toulouse. 

Ces données peu prises en compte me paraissent conforter l'hypothèse d'un phénomène du type Toungouska* (1908), résultant d'une onde de choc ayant frappé verticalement le point d'impact. Bien qu'aucun débris n'en ait été retrouvé, d'autres faits observés par des témoins ont permis d'impliquer une météorite pénétrant l'atmosphère terrestre perpendiculairement à sa surface, et se désintégrant à haute altitude. La probabilité d'un tel mode de pénétration est extrêmement faible, mais pas nulle.

Sceptique

*La lueur et le bruit de l'explosion de 1908 ont été vus et entendus dans une vaste zone de la Sibérie orientale, mais ce n'est que bien plus tard (vingt ans) que ses effets ont été découverts: une vaste surface où les arbres étaient couchés comme les rayons d'un cercle. La présence d'un cratère n'est pas mentionnée, comme de nombreux impacts de météorites ont pu en créer.Les dégâts observés ont été interprétés par les découvreurs russes comme l'effet d'une explosion en altitude de la météorite.