Hier, deux, aujourd'hui, quatre, soldats tombés sous les balles de tueurs déguisés en militaires afghans, auxquels nos hommes donnaient l'accolade, quelque temps plus tôt. Morts sans avoir pu se défendre, le pire pour un militaire.

J'ai ressenti la même révolte, le même dépit, le même mépris, que tout le monde. Je me suis dit, comme tout le monde, "y en marre, arrêtons là, rembarquons." J'ai compris la réaction de colère de Sarkozy, chef des armées, responsable politique de notre engagement là-bas, dans la suite de Chirac et de Jospin, qui ont agi de concert, en 2001.

On sait ce qu'on a pris en charge, il y a dix ans. Un pays sous la coupe d'un mouvement terroriste et fanatique, assujetissant tout un peuple à leur interprétation de leur religion."On" les aurait bien laissés faire avec leurs compatriotes ce qu'ils voulaient, s'ils n'avaient pas couvé l'organisation "Al Qaeda", coupable des terribles attentats de New York et de Washington, le 11 Septembre 2001. L'expédition punitive américaine avait bien marché, les talibans avaient été chassés. La tentation d'une prolongation politique sous la forme d'une prothèse démocratique a été trop forte. L'Afghanistan en était bien loin. Entre les chefs de guerre locaux et les talibans qui se réorganisaient, il y avait trop à faire. Les américains ont appelé à la rescousse leurs alliés. 

Il est vite apparu qu'une occupation, aussi "bienveillante" qu'elle soit en intention*, ne pouvait être plus efficace que celle qui l'avait précédée. Par sa géographie et son peuplement divers, qui n'est équilibré que par la force des armes, l'Afghanistan n'a qu'une unité, celle d'un "sac de noeuds"! Les alliés occidentaux avaient sous la main un chef de gouvernement, Hamid Karzaï, objet d'un consensus limité, l'expression libre de la population se cantonant aux zones sécurisées. Il fallait l'aider à former et à entretenir une armée nationale, convaincue de son devoir de servir l'État afghan, et non ses chefs d'unité de grades divers. Il fallait que cette armée soit un "melting pot", extirpant des têtes les références tribales. Il fallait qu'elle ait la combativité et l'efficacité nécessaires pour tenir en respect les "parties prenantes". Une armée forte et disciplinée au service d'un État légitimé par l'accord majoritaire de la population, c'est la recette qui rassemble le plus de suffrages dans le monde libre.

Parce que les opinions, dans les pays qui sont coalisés au service de cette mission, trouvent insupportables les pertes en hommes, piaffent d'impatience, veulent qu'on en termine, les Alliés se sont fixés un terme: fin 2014.

Tous les contingents, américains et autres, auront évacué l'Afghanistan à cette échéance, quelle que soit la capacité du gouvernement afghan et de son armée à maintenir leur légitimité face aux diverses forces terroristes ou tribales qui persisteront à ce moment là. Cette perspective ne fait pas l'affaire des talibans et de quelques autres factions. Ils s'efforcent donc d'empêcher les institutions, pouvoir politique et armée nationale, d'atteindre l'efficacité nécessaire, et de provoquer la débacle précipitée des alliés occidentaux, soumis à la pression permanente de leurs opinions. Les situations pré-électorales sont particulièrement favorables à ces pressions. Chez nous, en France, la palette allait du respect de notre engagement jusqu"au terme fixé, au rembarquement immédiat. Le doute qui saisit notre Président en exercice, et candidat à un deuxième mandat, referme en partie cet éventail. En Novembre prochain, le Président américain, Barack Obama, aura à faire face à la même pression.

Ces actes qui sont à la fois de trahison(de la confiance) et de terrorisme, nécessiteront des mesures de protection, des aménagements de la vie de nos militaires dans leurs bases fortifiées. Elles iront à l'encontre d'une fraternisation méritée par la majorité des militaires afghans. Mais une fois ces précautions prises, il vaut mieux, pour notre honneur, et par solidarité avec tous les membres de l'OTAN engagés là-bas, qu'on tienne.

Sceptique

*Les soldats, de métier, ou même appelés, ne sont pas des "enfants de choeur". Leur formation, leur arme, faite pour tuer, leur peur, aussi, les rend méfiants et méchants. Il y a donc en permanence en Afghanistan, des "bavures" qui entretiennent la rancune.