Cet entretien avec quatre journalistes de la télévision, pour les charger de commenter les mesures importantes, que lui, le Président de la République en exercice, a décidé de faire adopter dans les semaines qui viennent, ne semble pas tenir compte de l'imminence de la consultation électorale qui va mettre en jeu son mandat, et, s'il peut compter sur sa majorité à l'Assemblée Nationale pour faire valider des décisions, les aspects techniques de leur mise en place en repousseront l'application au delà de l'élection. Il faut être LUI pour faire un tel pari: remporter l'élection de Mai 2012, ou laisser ce cadeau encombrant à son challenger, qui projette tout autre chose.

Car, si les mesures décidées sont rien moins que démagogiques, et recevront des volées de flèches, elles s'attaquent, enfin, au "mal français", la haine viscérale de l'économie marchande, de son symbole, l'entreprise, de ses acteurs, les patrons. Tant que la France se protégeait derrière ses frontières, cette autarcie très particulière créée par une économie protégée et rançonnée, fonctionnait plutôt bien. La reconstruction, l'équipement des ménages, faisaient monter en puissance notre industrie, qui n'avait pas à se fatiguer les méninges en termes d'innovation et de prix de revient. La 4CV, la Deudeuche, et le presse-purée à manivelle de Moulinex étaient les rares concessions à la "Société de Consommation" qui pointait son nez. 

En 1958, l'avènement de la Vème République, à la fois chargée de régler au mieux les diverses décolonisations, et de déclencher une vraie modernisation de la France, en l'équipant de lignes téléphoniques, d'autoroutes, en lui ouvrant la voie vers les hautes technologies, accéléra le mouvement. Mais personne n'osa toucher aux handicaps structurels imposés en 1945 par un PCF, plus qu'influent, impératif. Ses plans conduisaient la France vers le modèle soviétique, une fois endormie la vigilance du libérateur américain. La Guerre Froide, déclenchée avec précipitation par Staline, compromit pour de bon la phase politique du projet. Il remontra le bout de son nez en 1968, mais c'est une autre histoire.

L'ouverture européenne, puis mondiale, de l'économie a rendu sensible, visible, le handicap proprement français, le surcoût, non compensé par un différentiel d'innovation et de qualité, des productions de nos industries manufacturières. Les délocalisations, les destructions massives d'emplois marchands, ne peuvent, sur la durée, être corrigées par des emplois publics ou d'aides à la personne. Si l'existence de ces emplois entretient la circulation de l'argent, les déficits des budgets de l'État, celui de notre balance commerciale, sont autant de plaies ouvertes et saignantes qui nous épuisent. Il y a longtemps que nos Casssandres diverses le disent, mais il ne fallait pas désespérer le fantôme de Billancourt.

Les cinq ans qui viennent de passer ont vu tomber quelques châteaux-forts, comme les Régimes Spéciaux, la Retraite à 60 ans, le droit de grève totale et illimitée dans les services publics, tandis que l'État, chaque fois que c'était possible, faisait une cure d'amaigrissement. Mais il reste encore beaucoup de mauvaise graisse, dans des recoins d'accès difficile.

Parmi les décisions annoncées hier soir, la diminution des charges patronales, qui pèsent sur la compétivité, aurait du être adoptée en début de mandat. La contre-offensive de l'opposition, alertée par un bavardage, compromettant les résultats de l'élection législative qui donne une majorité au président élu, força le nouveau gouvernement à une dénégation contrite. Ce premier revers de la majorité s'est payé de cinq ans de plus de mise à la casse de nos usines. La mesure* a ses raisons que l'opposition en quête du pouvoir ne veut pas connaître. Elle a les siennes: faire poser un étrangleur sur le carburateur des Ferrari, pour que les tacots puissent les rattraper. Mais une fois lancée et définie dans tous ses détails, comment l'annuler?

La seconde est le transfert à l'échelle des entreprises des décisions sur les conditions de travail et les salaires, par des discussions directes faisant participer tous les salariés de l'entreprise. Une façon de lever le siège des forteresses syndicales, mais de les contourner.

La troisième, supposée réduire la crise du logement par une augmentation de 30% des C.O.S., y compris au profit des constructions déjà réalisées, si c'est techniquement possible, devra évidemment passer par le pouvoir des communes. Elles devront motiver leurs refus par une délibération du conseil municipal. Je ne doute pas que ce niveau de décision aura un pouvoir modérateur, car le principe possède en puissance l'anarchie.

Et alors, l'élection présidentielle, que devient-elle? Comme Nicolas Sarkozy est le seul à pouvoir surmonter, par un engagement dont nous ne connaissons pas le véritable contenu, le handicap que son activisme, même, lui a fait accumuler, ce sera LUI.  Ou on ne sait qui, qui s'offrirait au sacrifice. L'élection de François Hollande ne serait alors qu'une formalité. Trop accaparé par sa tâche, il ne veut pas en distraire du temps. Mais "ça" s'approche, lâche-t-il, pour finir.

Sceptique

*Pendant que l'opposition fait tonner ses gros calibres, les zélotes trouvent que ce n'est pas assez. D'un facteur 2 à 3! S'il est bien un domaine où il ne faut pas avoir la folie des grandeurs....!