C'est un article du politologue Eddy Fougier, paru sur le site Telos (que je recommande) qui m'inspire ces lignes. Ce n'est pas le titre employé par l'auteur, mais l'intention de décrypter le phénomène Sarkozy apparu dans le PPF (Paysage Politique Français) il y a un peu plus de cinq ans, et dont l'avenir est aujourd'hui en question, est à la base de sa réflexion.

L'auteur fait une description juste de la Droite française, de son "fond de commerce", des sentiments qu'elle inspire, et qu'elle supporterait aussi mal que si c'était la Tunique de Nessus. 

Son "fond de commerce", c'est l'ordre public, l'État gardien de cet ordre, et de l'intégrité de la Nation, antérieurement celle du Royaume. C'est dire que la filiation de la Droite s'origine à la Révolution de 1789, qu'elle a vite désavouée, soutenant ensuite les régimes non républicains qui se sont succédé de la Restauration au Second Empire compris. Elle a du composer les "députés-moins-un" qui n'ont pas réussi à empêcher la proclamation de la République, à la suite de la défaite de 1871 et de la chute du second empire. Par la suite, son réalisme, et la nécessité résultant des constitutions de la IIIème République, puis de la IVème, "parlementaires", l'ont conduite à se faire Républicaine, tout en défendant, comme elle pouvait, ses valeurs.

Elle l'a fait en s'excusant d'être si peu généreuse, si conservatrice des droits de la société sur les individus, privilégiant les intérêts abstraits de la Nation et de ses institutions, défendant son organisation pyramidale et inégalitaire au nom de l'efficacité. Elle s'est historiquement compromise par son attitude résignée face à la défaite de 1940, son soutien à l'armistice conclu par Pétain, et le vote des pleins pouvoirs à l'État français (Vichy). Mais ce n'est pas en son sein que le régime de Vichy a recruté ses agents les plus activistes. 

Eddy Fougier situe le réveil moral de la Droite dans les années 1980, période qui a vu le retour de la Gauche au pouvoir après une assez longue éclipse, mais cette fois là avec le bénéfice de la constitution de la Vème République, faite sur mesure pour le Général De Gaulle, homme fort d'une Droite républicaine, pragmatique et moderniste, se démarquant de son aile la plus frileuse ou la plus butée*. Grâce aux pouvoirs donnés à l'exécutif par cette constitution, François Mitterrand et les partis de sa coalition ont pu imposer au pays des mesures très éloignées de la logique suivie par la droite gaulliste, puis centriste, depuis 1958. Il y avait longtemps que la Droite n'était plus dans l'opposition, et elle a puisé dans cette traversée les arguments propres à la réconforter et à préparer son retour aux affaires. Mais il lui manquait les hommes convaincus de leurs droits à restaurer l'esprit de la Vème République. Le fait majoritaire ne suffisait plus à légitimer les décisions de l'exécutif. L'opposition utilisait sciemment le pouvoir de la rue pour le contrer, et, pour avoir la paix, le pouvoir légitimé par l'élection se soumettait à l'émeute.

Alors, oui, de l'exaspération a pris naissance au sein de la majorité de droite, tournée à la fois contre les utilisateurs de la rue, et contre ceux qui lui cédaient. Nicolas Sarkozy et ses fidèles ont représenté ce courant, ne dissimulant pas leur jugement de l'action du Président Jacques Chirac et de son équipe, et promettant une restauration de l'autorité de l'État et des responsables désignés par la majorité des électeurs. La constitution de la Vème République avait été élaborée dans ce but, la politique devait se faire au gouvernement et au Parlement, et pas dans la rue ou sur notre réseau de chemins de fer. Malgré ses imperfections et les frustrations des perdants, c'était une nécessité vitale de la démocratie.

Ma note personnelle consiste à situer plus en amont de l'histoire la source de ce volontarisme politique: le retour de De Gaulle en 1958, et les dix ans qui ont suivi. Peu à peu infiltrés par l'ennui, dimension que le pouvoir gaulliste, satisfait de lui, négligeait ( "Panem sine circenses"). La cible de la révolte, une fois récupérée par la gauche, le Général De Gaulle, Président de la République, a failli craquer. Son sursaut a été vite repris par le doute. Une fois oubliée et ramenée à sa juste valeur l'effervescence de Mai 1968, l'inventaire du pouvoir gaulliste pouvait servir de socle à une pensée politique. Mais la faiblesse des hommes qui lui ont succédé a aidé puissamment le retour d'une gauche capable de gouverner seule, tenant la Présidence de la République et la majorité de l'Assemblée Nationale, pour une durée de cinq ans.

Grâce aux erreurs et fausses manoeuvres des héritiers du gaullisme, le pouvoir de la gauche a été effectif pendant quinze ans. De quoi nourrir de bons souvenirs d'un côté, et des mauvais de l'autre. Il n'échappe pas au bon sens que les mauvais souvenirs sont plus tenaces et plus stimulants que les bons. Un retour aux années Mitterrand ou à un succédané inconnu, donne de quoi réfléchir à ceux qui en ont la mémoire.

Sceptique

*Le Général De Gaulle et ses fidèles avaient fait le bon choix en Juin 1940. L'histoire leur a donné raison.