Mon "premier" n'est pas la Grande Muette, car elle ne manque pas de porte-voix, entre ses syndicats proprement dits, et ses parents d'élèves "maison", dont une bonne part sont des enseignants-parents d'élèves. Le conformisme est garanti.

Mon second est cette masse d'environ 150 à 180.000 élèves, qui arrivés au terme de la scolarité obligatoire(16 ans) ne disposent que d'un savoir rudimentaire, en grande partie effacé par le passage par l'adolescence. En tout cas insuffisant pour une intégration dans le monde du travail. Dont tout indique qu'ils ne l'aiment pas. Que faire de ces élèves décevants? Rien. C'est d'ailleurs ce qu'eux demandent, qu'on les laisse en paix.

C'est là que l'État intervient, car c'est son rôle. Ces jeunes en échec scolaire, en échec en tant de futurs adultes, feront les bataillons d'éternels chômeurs, à la charge de leur famille, et l'ennui les exposera à s'intégrer dans des réseaux de trafic de drogue, qui leur apportera de l'argent facile, ou des bandes plus agressives s'essayant à une délinquance offensive. Ils deviendront "connus des services de police", et aussi du personnel pénitentiaire. Combien de temps mettront-ils à se calmer, à accepter de se ranger dans le monde "normal"? "Un certain temps!"

À l'articulation entre la sortie de l'enfance et l'entrée dans l'adolescence, il y a un créneau étroit où peut intervenir une autre action. Le retard scolaire, le plus souvent par indifférence, par défaut de stimulation par l'environnement familial, est déjà repéré, connu. C'était à ce moment précis que les élèves scolarisés jusqu'à 14 ans quittaient l'école primaire pour un apprentissage dans un atelier ou une usine proche du domicile. La professionnalisation, un petit gain servant parfois à arrondir le revenu familial, préparaient l'intégration dans la société des adultes. 

Si une telle solution est impossible de nos jours, le phénomène naturel qui transforme les enfants en adultes existe toujours, et l'âge de survenue est même un peu avancé, probablement par l'effet de la qualité de vie, qui s'est améliorée en soixante ans. Le passage diminue la disponibilité de l'enfant. Ce qui se passe dans son corps n'est pas sans souffrance, ne serait-ce que par la pression de la société à ses divers niveaux d'organisation, la famille, l'école, à coup sûr.

Mon quatrième, les entreprises, sont réticentes à prendre en charge la "réparation" de ces élèves en échec scolaire et devenant inaccessibles en période pubertaire. Substituer leur autorité à celle de l'école et des familles est à l'opposé de leur intérêt, de l'objet de leur existence. D'ailleurs, du côté des familles, elle ne peuvent attendre aucun soutien. Elles aussi, ces familles, vivent comme une blessure d'amour propre l'échec de leur enfant. La fonction de l'école semble dans leur esprit déconnectée du futur, qui va faire de l'enfant un adulte.

Le devoir de l'État est d'arbitrer entre les réserves des uns et des autres, de faire en sorte qu'elles ne s'annulent pas réciproquement, et qu'il y ait une issue. C'est pourquoi, par la voix du Ministre affecté à cette tâche, il propose le développement de la formation en alternance pour ces élèves inadaptés à l'école (et réciproquement), leur permettant d'apprendre les bases d'un métier, et de compléter leur outillage intellectuel, éventuellement ciblé sur leurs besoins nouveaux. C'est important, car, passée la crise, certains auront envie de reprendre leurs études, et ce qu'ils n'auront pas oublié leur sera bien utile. 

Actuellement, la scolarité obligatoire se termine à 16 ans, et pour la plupart, elle correspond à la classe de troisième, celle qui se conclut par le brevet des collèges. Le voeu de l'État, c'est que la formation en alternance puisse être proposée dès la classe de quatrième (l'ordre des classes est inverse de celui du temps). Les enseignants se vexent. Tout en rejetant, dans l'intimité, ces élèves dont ils ne tirent rien, ils vivent cette proposition ferme comme un désaveu. Le idéologues invoquent une hypothétique "égalité des chances". Ne résulterait-elle pas, justement, d'un effort ciblé et pramatique?

Sceptique