Il est plutôt rare que les scientifiques s'intéressent à la politique, activité humaine primordiale, mais n'obéissant pas aux critères de la science (reproductibilité des expériences, non subjectivité, réfutabilité par la prise en compte de faits nouveaux, etc). Claude Allègre a , d'une part, mené sa carrière scientifique de géo-physicien, où il a fait l'expérience douloureuse, justement, de la réfutation de la théorie en vigeur au profit d'une autre à laquelle il a du se ranger, la tectonique des plaques et son corollaire, la dérive des continents( "L'écume de la terre"). Il a, d'autre part, porté son engagement en politique au Parti Socialiste à son niveau le plus haut, de Ministre du gouvernement de Lionel Jospin.

Il a donc une connaissance concrète, vécue, de l'"homo politicus" des deux sexes, avec une prédominance du masculin, que j'oserais dire, "naturelle".

Le drame de Claude Allègre, c'est précisément qu'une partie activiste de la classe politique s'est emparée de la Science en en faisant une "idée comme une autre", un simple discours, un courant d'opinion à adopter ou à mettre à la poubelle selon le cas. La science se ferait "aux voix", comme n'importe quelle mesure politique. Il est donc placé, par lui-même, et par ses contradicteurs "relativistes", en marge de la société tolérable(celle qui pense "bien", "correctement").

Cet ostracisme, très "1984"*, ne le fait pas taire ("1984" n'est encore qu'un projet lointain, encore dépourvu de moyens radicaux). Mais en attendant, il classe les hommes politiques non pas selon leur opinion politique, mais selon leur degré d'arrimage à la Raison. C'est pourquoi, malgré sa fidélité à une gauche idéale, non vérifiée, car non vérifiable, il a pu avoir des relations franches et équilibrées avec Nicolas Sarkozy, avant, et pendant ce quinquennat qui se termine**. Son livre, constitué de réponses aux questions formulées par Dominique de Montvalon, constitue une sorte de feuille de notations, de zéro à vingt sur vingt, des actes de Nicolas Sarkozy tout au long de sa mission, et, bien sûr, de ceux de ses adversaires. Ce n'est absolument pas un panégyrique, mais un vrai bilan, dont il ressort au final une note positive, mais, surtout, un faisceau d'arguments pour le renouvellement de la confiance des français à un président pas ordinaire et, oui, dérangeant, "quelque part". 

Car, si l'alternance est, de toute façon, une fatalité, dans une démocratie, elle ne repose pas sur l'interchangeable. Ce n'est pas "blanc bonnet et bonnet blanc", comme disaient les communistes, pour lesquels, tant qu'il n'était pas rouge.... En France, en tout cas, où la bi-polarisation semble bien installée, pour longtemps, les projets politiques ne sont pas similaires, même s'ils devront prendre en compte un certain nombre de faits "incontournables".

Alors, "on" sait qu'au début de toute alternance, les vainqueurs y vont au sabre, sèment la panique parmi leurs ennemis "naturels", confondent la domination politique et le droit***. Et la question que doivent se poser les français, et à laquelle ils auront à répondre, sans trop écouter les "moi, moi" qui leur arriveront de toutes parts, c'est:"est-ce bien le moment?"

À mon avis, ce livre, d'une lecture facile, les aidera à faire leur choix.

Sceptique

*"1984", de George Orwell, décrivant une société au pouvoir opaque et totalement privée de liberté. Il visait le stalinisme et ses horreurs. Mais pour quelques penseurs de couleurs variées, ce serait un "mal nécessaire" au sauvetage de....la planète.

**Claude Allègre sera consulté sur les questions scientifiques par le Président en campagne.

***"Vous aurez juridiquement tort puisque vous êtes politiquement minoritaires": interpellation du député socialiste Laignel en 1981.