C'est encore plus en candidat, à la Présidentielle toute proche, que François Bayrou s'offre aux questions pointues de Jean-Michel Aphatie, et de ses acolytes, Frédéric Delpech et Étienne Mougeotte.

"Vous avez passé votre journée au Salon de l'Agriculture, c'était bien?" attaque avec son sourire de carnassier, Jean-Michel Aphatie. François Bayrou opine, et le journaliste enchaîne:"Vous vous êtes présenté comme un membre de la profession agricole, ayant les mêmes racines qu'eux..."

"Je les connais personnellement, approuve François Bayrou, l'histoire d'un échec, d'une faillite, ou d'une difficulté à  vivre de son travail, elles ne sont pas abstraites, j'y place des noms, des visages. On ne saura pas quelle est sa vision originale d'une politique agricole. Après avoir "exécuté" Frédéric Nihous, "qui se croit paysan parce qu'il est chasseur", rallié à Sarkozy après avoir constaté son manque de soutiens, il passe directement à la question suivante, sur ce congrès du Nouveau Centre, qui a hué Hervé Morin, son Président qui a rêvé de LA Présidence, mais qui est passé ensuite à LA chose sérieuse, son ralliement à la candidature de Nicolas Sarkozy, son exécrable rival.

"C'est triste", constate François Bayrou, qui enchaîne sur des ralliements de sénateurs centristes renommés, comme Patrick Arthuis. "C'est de l'ancien", persifle Étienne Mougeotte, ce qui lui vaut des regards noirs

Mais c'est le candidat qui se dégage du costume du leader centriste. "Nicolas Sarkozy, François Hollande, sont des mauvais choix. 60% des français disent qu'on en parle trop". Je ne sais pas d'où il sort ce sondage, mais de toute évidence, il veut dire(le sondage) que 60% des français pensent qu'on ne parle pas assez de François Bayrou! C'est bon pour lui (les autres, Marine, Mélenchon, Joly, bof!). "Les deux premiers, Sarkozy et Hollande, croient que le pouvoir leur est du, qu'ils en sont les ayants droit exclusifs. "Les français" vont les sanctionner pour cette prétention."

"Donc, le 22 Avril ?" avance J.M.Aphatie..."Les français vont échapper à ce dualisme, ils vont imposer que ça change, je suis leur porte-parole...."

Delpech  lui fait remarquer qu'il a été sévère pour le projet de référendums annoncé par Nicolas Sarkozy, mais qu'il a lui-même le projet de consulter les français "dès qu'il sera élu". "Je suis contre les référendums qui divisent, mais pour ceux qui rassemblent"* précise François Bayrou. L'objet de son référendum, c'est la "moralisation de la vie politique", la diminution du nombre de parlementaires, l'interdiction du cumul des mandats (il faudra partager les fauteuils!), la chasse aux confusions d'intérêts...Bref, élu le 6 Mai 2012, le 6 du mois suivant, retenu pour le premier tour des législatives, IL questionnera les français par réferendum. Puis, s'attaquant spécialement au projet de Sarkozy d'un réferendum sur les "droits et obligations des demandeurs d'emploi", il oublie le mot droits, pour n'attaquer que le concept d'obligations. Étienne Mougeotte lui en fait la remarque, ce qui lui vaut l'accusation de partialité (on s'en remet facilement, tellement elle est banale!).

Questionné alors sur le projet socialiste, Bayrou attaque les intentions de "chasse aux sorcières" parmi les hauts fonctionnaires qui ont servi la droite. Mais il sait à quoi s'attendre, lui-même, du candidat socialiste, dont les propos méprisants publiés dans son livre, lui sont rappelés par J.M.A. Tout sentiment étant réciproque, François Bayrou ne cachera pas les siens.  Mais, en politique, il arrive souvent qu'on "passe dessus".

Et alors, votre programme? (il serait temps!)

"Gel des dépenses publiques pendant deux ans, maintien des moyens de l'Éducation Nationale", répond François Bayrou. "Alors, gel des salaires des fonctionnaires?" enchaine J.M.A. NON, répond le candidat. Il faut restaurer la confiance", enchaîne-t-il, en donnant l'exemple, comme diminuer le nombre de Ministres. "Nous dépensons 10% de plus que nos voisins européens, sans que nos résultats soient meilleurs. Pour réorganiser l'État, cinq ans ne suffiront pas....mais notre pays n'a pas le choix. À propos des colletivités locales, tout en critiquant la hausse de leurs dépenses, il accuse l'État de se décharger de toujours plus de missions, sans les compenser.

L'immigration? Il faut expulser les arrivants, mais régulariser au cas par cas, ceux qui ont réussi (à échapper à la police). "C'est ce qui se fait actuellement, sans qu'on le dise", affirme-t-il. C'est bien possible.

La ré-industrialisation? Il ne faut pas compter sur la baisse du coût du travail (pourtant, dans le secteur agricole, ce fut une mesure nécessaire), mais se tourner vers des productions à forte valeur ajoutée (le beau rêve)**.

Les retraites? Leur réforme (par Sarkozy et alliés) a été ratée...il faudra instituer la retraite par points, les gens ne quittant leur travail que lorsqu'ils jugeront qu'ils ont acquis une retraite suffisante.

Quelques questions encore. Sur l'impôt: il sera augmenté pour les plus riches mais il n'a pas peur de leur exil. Sur les problèmes de société (mariage HS, adoption HS, PMA-HS?) ses réponses sont pragmatiques mais fermes. Mariage, non, adoption, oui, PMA....il suffit de franchir la frontière franco-belge, alors....(à quoi bon s'accrocher à nos principes?).

Sceptique

* E.Mougeotte lui fera remarquer qu'un réferendum ayant comme réponse "oui", ou "non", par définition il décrit une division.

**Personne n'ose aborder en face le manque de formation de la grande masse de notre main-d'oeuvre à une activité de forte valeur ajoutée.