L'indignation est un sentiment moins dangereux que la révolte, car elle n'est associée à aucun acte immédiat. Elle a été mise à la mode par un diplomate retraité, Stephane Hessel, et elle lui a fait écrire un petit bréviaire qui s'est très bien vendu. Il n'y avait pas besoin de faire paraître un essai volumineux pour faire valoir cette pensée courte, du genre "vous avez mauvaise mine". On peut être indigné comme on peut jouer au docteur sans avoir fait médecine.

Mais si on est candidat à la présidence de la République française, l'indignation exprimée en choeur avec des électeurs, oblige à proposer une thérapeutique de ce qui la motive. Les doléances montent une marche de plus, vers le présidentiable. 

Et le présidentiable, surtout si ses chances sont sérieuses, est réellement piégé. Bien que pas encore inscrit à l'Ordre, il faut qu'il rédige une ordonnance.

Aux automobilistes assoiffés, il prescrit un blocage du prix de l'essence (terme générique), dont le produit de base  se renchérit furieusement aux bruits de bottes qui résonnent près des puits, ou des passages obligés pour les pétroliers.

Et aux français moyens à revenu moyen, qui auront à payer un impôt moins "moyen", il annonce, sur un ton indigné, qu'il prendra trois quarts de leur revenu à ceux qui gagnent plus d'un million d'euros pas an*. 

Vous imaginez qu'il est applaudi par les foules? Pas celles qui se répandent sur internet, qui s'esclaffent, qui disent:"Et Noah?" Ou quelques autres noms, et voient déjà décamper vers la Belgique ou la Suisse ces beaux moutons, pas prêts d'attendre les ciseaux.

Tout le monde a raison, hélas pour notre réputation d'intelligence. Les fusils à encre ont mis en joue le camarade Hollande, et la meilleure manière de désarmer ceux qui les pointent était de leur balancer une promesse intenable.

Les pas dupes le restent, et se marrent. Ils savent dpuis longtemps qu'on attrape pas les moineaux en leur mettant un grain de sel sur la queue, et les riches, ou les financiers, non plus.

Une campagne électorale est une cérémonie, avec ses rites, et ce n'est pas la peine de rêver qu'on pourra y échapper. 

Sceptique

*3/4 de ce qui dépassera un million, sans compter les 45% payés pour ce premier. "Ils" vont l'attendre gentiment, c'est sûr!