C'est le titre qui regroupe plusieurs contributions d'intellectuels à un dossier du "Monde", daté du mardi 13 Mars 2102, pages 22 et 23.

Avant d'analyser ces contributions de personnalités "autorisées" par leur renommée, je placerai le point de vue d'un électeur qui a senti qu'il s'agissait d'un homme nouveau, différent de tout ce qui avait succédé à un De Gaulle et à son fidèle Pompidou, vaincu par la maladie aux deux tiers de son parcours. 

Entre les politiques-spectacles, les distributrices, et les soumises-à-la-rue, tous les problèmes de fond qui obéraient notre futur étaient placés sous naphtaline. La France vivait ronchonneuse et à crédit, bercée(ou bernée) par des illusionistes de toutes couleurs. Nicolas Sarkozy incarnait la révolte de citoyens conscients, peu portés sur le "carpe diem" épicurien dès qu'il s'agissait de l'avenir, et blessés dans leur amour-propre par la perspective d'une décadence. Que l'histoire en répertorie un grand nombre ne les consolait pas.

Entre les particularités du style, et les changements de cap imposés par la réalité, le doute a fini par saisir certains de ces citoyens plein d'espoir. Ils ont eu le mal de mer, et ont douté du capitaine! Il ne reste plus à ce dernier qu'à montrer que le mauvais temps n'est pas fini, que le havre désiré n'est pas encore en vue.

Je comprends ces citoyens qui aspirent au repos, de leur tête, de leur estomac. Mais les solutions proposées par le choeur des berceuses, ou des tricoteuses, ne sont pas bonnes. Ils les rejetteront dès qu'elles seront mises en application, quelle que soit leur nature, distributrice, manichéenne, ou régressive. L'arrêt en rade du navire France, ou sa mise en cale sèche, n'empêchera pas le monde de suivre son chemin chaotique. Même si le bateau ne bouge plus, son équipage continuera de se déchirer.

Passons aux contributions de ces notables du monde intellectuel. Elles vont de la critique sincère mais honnête à l'approbation argumentée, en passant par le mépris haineux, le zéro pointé à une page bien remplie. Je reconnais honnêteté et rigueur à la contribution de Marcel Gauchet, qui met en exergue le "post-modernisme" de l'action de Nicolas Sarkozy, le "modernisme" s'achevant sur l'aveu d'impuissance qui caractérise les pouvoirs qui l'ont précédé. Évidemment, l'activisme de Nicolas Sarkozy a rencontré bien des obstacles, qu'il lui a fallu contourner, et...oublier. Il n'a fait que ce qu'il a pu faire, et cela représente moins que le projet initial. "Il" ne manque pas de le reconnaitre, à de multiples occasions. 

Marcel Gauchet conclut en observant que la politique du "chien crevé au fil de l'eau" (formule de l'homme politique André Tardieu) ne pourra pas être restaurée par le successeur de Nicolas Sarkozy, même s'il s'agit d'un homme politique se présentant comme "normal" et attaché au travail collectif. "...la rupture sarkozyste aura probablement une postérité durable, quoi qu'il arrive. Elle n'a fait que dire tout haut ce qui se faisait tout bas, et qui continuera de se faire, sous diverses formes, il y a tout lieu de le croire.....Ce troisème point du sarkozysme risque fort de rester au programme, quelque soit l'issue des élections."

Ce qui veut dire, il me semble, que Nicolas Sarkozy a raison sur le fond, mais qu'il a fait douter de lui, sur la forme.

Qu'est ce qui compte le plus, en politique: le fond? Ou la forme?

Sceptique