La sidérurgie étant devenue la plus banale des activités humaines, dites "secondaires", à faible valeur ajoutée, une fois les énormes investissements à réaliser, et productrice d'une denrée non périssable, la sidérurgie des pays développés, payant de bons salaires, et respectant toutes les règles de sécurité, n'a pas tenu le coup face à la concurrence des pays "émergents", travaillant à bas coût, tant de main d'oeuvre que de sécurité d'icelle.

La seule activité sidérurgique rentable dans les pays développés est la production des aciers spéciaux, élaborés par les ingénieurs sidérurgistes, dans leurs laboratoires. C'est une production réduite en quantité, mais rentable par sa qualité, indispensable dans certaines applications.

C'est pourquoi la firme créée par l'industriel indien Mittal, ayant accumulé l'argent nécessaire en fabricant à bas prix et sans philanthropie de l'acier ordinaire, a récupéré le beau reste de notre sidérurgie, Arcelor. 

Arcelor est intégré dans la stratégie mondiale de la firme devenue multi-nationale. C'est maintenant un lointain patron qui est aux commandes, et, manifestement, il n'entend pas faire tourner une usine, s'il n'a pas les commandes pour la production attendue. Après Gandrange, c'est maintenant Florange qui attend des jours meilleurs. Et, si ces jours meilleurs n'arrivent pas, eh, bien, tant pis!

C'est un malheur que l'esprit français ne peut, ou ne veut, comprendre. Une fois construite une usine, il n'est pas possible qu'elle devienne inutile et qu'elle s'arrête. Comme une usine permet la vie, non seulement de ses ouvriers, mais de toute une communauté, c'est toute une ville, petite ou moyenne qui pâtit de sa fermeture.

Mais, du côté de l'usine, de ses ouvriers, subsiste une conviction: la protestation sera efficace, le patron reviendra à la raison, et acceptera de produire à perte. C'est son devoir, et c'est son problème. Tant il est sûr que si c'était l'État qui était le patron, lui continuerait à produire, sans espoir de vendre le produit. C'est pourquoi l'État est interpellé: "qu'il vienne, lui aussi, faire la leçon au patron".

L'État vient, écoute les doléances des ouvriers, et promet d'être l'intercesseur auprès d'un patron, dont tout le monde fait semblant de ne pas comprendre les motivations. L'État va voir le patron, qui explique que le produit ne se vend pas à son prix de revient, et que s'il produit, il perdra de l'argent. Il attend donc des jours meileurs, et, s'ils arrivent, promis, juré, il remettra en route l'usine. Il gagnera de l'argent, et tout le monde, aussi*. 

L'État revient bredouille auprès des ouvriers, et se fait engueuler, traiter d'incapable. La bas, au loin, des hommes crient qu'eux seraient capables de forcer la main au patron, et que si le pouvoir leur est confié, "on" va voir...ce qu'on va voir!

Car, justement, le mandat du chef de l'État arrive à échéance, et les postulants à son remplacement sont nombreux et pleins d'idées, des plus radicales. Et forcément, les plus radicaux ont la sympathie des syndicats, qui organisent, excitent, et encadrent la protestation des ouvriers menacés par la perte de leur emploi. Les dirigeants de ces syndicats ont fait leur choix: ils veulent que le pouvoir politique soit conquis par ceux qui ont une communauté d'idées avec eux, qui sont prêts à faire n'importe quoi pour leur plaire. Et leur intérêt est que la tentative de l'actuel titulaire de la fonction de chef de l'État échoue, que rien ne puisse être porté à son crédit. Tel était le sens de l'assaut lancé contre le QG électoral du Président candidat. Une atteinte délibérée à l'ordre public, une capacité concrète des assaillants à répéter le saccage, impuni, d'une sous-préfecture à Compiègne, a contraint l'État à opposer la force aux assaillants. Foin de la politesse! L'invitation d'une délégation à l''Élysée ne sera pas honorée, l'insulte s'y substituera. Les dirigeants syndicaux qui tirent les ficelles ne cherchaient pas autre chose.

La situation de notre industrie, qui a perdu des centaines de milliers d'emplois depuis dix ans, est au coeur de cette campagne. Les moyens de la remplacer par de nouvelles activités à forte valeur ajoutée se heurte au niveau de compétence des français contraints, par défaut, à chercher leur emploi à l'usine. Car la sélection qui y mène est "à rebours". Jusqu'il y a peu, "on" y poussait les restes de notre système éducatif, voué au baccalauréat-sinon-rien. Notre projet de nous hisser à la hauteur de l'industrie allemande se heurte à l'impréparation de ses acteurs potentiels. Cette impréparation est reconnue, ou elle est niée. C'est ce qui départage les compétiteurs.

Reste à savoir si l'usage de la violence au beau milieu de la campagne profitera à ses promoteurs."Aux résultats", comme on dit sur les champs de tir!

Sceptique

* Si "le" patron accepte de faire travailler son entreprise "à perte", il est le seul....à perdre!