Il est toujours possible de faire dire beaucoup de choses à une étude scientifique, même très correcte, quoiqu'il soit plus facile de le réaliser avec une recherche "bidon".

Grande répercussion, ces jours-ci, dans la presse non spécialisée, d'une étude des performances de baboins, en matière de reconnaissance de groupes de signes, grâce à une récompense délivrée automatiquement, dès que la réponse est bonne. C'est la méthode utilisée par Pavlov*. Les singes étudiés les plus performants parviennent à mémoriser quelques centaines de ces combinaisons. Les cancres, moins d'une centaine.

Et les auteurs, peut-être, les journalistes, c'est sûr, d'imaginer de braves baboins recrutés par les éditeurs pour corriger les fautes des postulants modernes au Goncourt!

Ces résultats constituent-ils une révolution dans la compréhension de l'acquisition de l'orthographe par les jeunes écoliers de l'espèce homo sapiens, sapiens? Oui et non, ça dépend!

On sait que l'information traitée par les neurones de tous les animaux qui en possèdent est réductible au oui (ça passe) ou non (ça ne passe pas), très comparable au langage binaire adopté par l'informatique (0 ou 1). La combinaison de multiples signaux simples aboutit à des information plus complexes. 

Les performances d'un cerveau sont proportionnelles au nombre de neurones et de connexions possibles qu'il contient. L'humanisation progressive d'un rameau simiesque s'est accompagné d'une augmentation régulière du volume cranien et de son contenu, favorisant le développement du néo-cortex. Le nombre de neurones et de connexions possibles se chiffre en milliards.

En même temps que son cerveau augmente de volume, l'hominoïde se redresse, adopte la station debout et la marche bipède, et son larynx se complexifie, permettant l'émission de sons plus variés. Les éléments nécessaires à la formation d'un langage à double articulation se mettent en place. D'autre part, les sens visuels et auditifs** se développent, les rendant aptes, tant par les performances des organes des sens que celles des aires cérébrales qui traitent les informations, à une analyse toujours plus fine de l'environnement. Enfin, l'apparition du langage permet la transmission de l'information, doublant l'imitation, et accélérant la possession de la culture qui se développe dans le sillage du langage. Homo sapiens est achevé. Sa conquête de la terre suivra un mouvement uniformément accéléré.

Il n'est pas utile de préciser que dans ces premiers stades du développement du langage, le sens des mots n'a besoin que d'une bonne articulation des sons. Se développant dans des groupes restreints, le nombre de déformations est limité. Un groupe humain se reconnaît à l'usage d'un langage commun.

C'est l'apparition de l'écriture, complément indispensable à des groupes plus nombreux et plus structurés, au delà de l'âge du bronze, qui a créé la nécessité de l'orthographe, cette discipline de la forme, pour une meilleure reconnaissance. Ce n'est plus l'oreille qui est sollicitée, mais l'oeil et le cerveau visuel. On s'apercevra, plus tard que le cerveau reconnaît, ou ne reconnaît pas, un mot entier. Que la moindre anomalie est détectée et introduit le doute du lecteur. "On" en déduira que la lecture acquise étant globale, "on" pouvait épargner aux enfants la phase alphabétique et syllabique de l'apprentissage de la langue écrite. Hélas, il est apparu que cette méthode aboutissait à une reconnaissance grossière des mots, n'exigeant plus de rigueur à leur formation. Les nouveaux élèves ne savaient plus écrire des mots corrects, ni ne savaient plus lire les corrects, encore d'usage courant dans leurs livres.

Peut-être aurait-il fallu un dispositif comparable à celui utilisé chez les baboins, distribuant un bonbon à chaque fabrication ou reconnaissance d'un mot correct? Bonjour les dégâts dentaires et l'obésité!

Sans avouer qu'ils se sont trompés, nos pédagogues sont revenus en douce à cette complexité progressive qui permet d'acquérir une lecture et une écriture exigeantes, favorisant le partage avec la communauté culturelle.

Sceptique

*Pavlov , physiologiste russe, découvreur du réflexe conditionné, dépendant d'une double information, l'une essentielle, l'autre contingente.

**L'olfaction a été le premier système d'information inventé et développé par l'évolution. En raison de l'acquisition de la station et de la locomotion debout, l'homme a perdu en grande partie sa capacité olfactive.

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