Le procès de Breivik, le tueur d'Oslo


Le cas particulier de ce tueur en masse, accomplissant avec méthode et détermination les conclusions de son délire, est qu'il relève de la justice ordinaire, que son forfait est punissable, et que ce n'est qu'à cette condition qu'il pourra critiquer son délire et ressentir une authentique culpabilité. Si un raisonnement sans faille a pu aboutir à de telles conclusions, c'est qu'il s'est construit sur des bases fausses, soigneusement triées, débarrassées de tout débat intérieur, de toute auto-critique. Sa conviction s'est construite en solitaire, à l'abri de tout avis extérieur contrariant. Elle a fini par envahir la totalité de sa pensée, par déterminer tous ses actes.

Notre nosographie*psychiatrique nomme "paranoïa" cette forme d'aliénation**, ne lui attribue aucune cause organique ou fonctionnelle cérébrale, et constate l'impuissance de toutes les thérapeutiques dont la psychiatrie d'aujourd'hui dispose. Son rôle se limite à ce constat et à passer la main à la justice, tout en l'informant du travail psychique qui a abouti au passage à l'acte.

Aux yeux de tout homme sensé, un semblable animé par de telles pensées, par un tel raisonnement, n'est plus reconnu comme appartenant à la société. Il est bien considéré comme fou, et par suffisamment de ses congénères pour qu'on ne discute pas du bien fondé de cette exclusion. Mais l'irresponsabilité accordée à d'autres malades ne s'applique pas à ce cas particulier. Un premier avis des psychiatres avait mis en question sa responsabilité, et, partant, la nécessité d'un procès***.Ce deuxième avis me parait mieux fondé que le premier. Il n'y a pourtant rien à attendre de cette comparution. Si, un jour, le tueur prend la vraie mesure de ses actes, il le fera de lui-même, sans influence extérieure. Une prise de conscience, et une acceptation intime de la sanction. Pouvant ne pas paraître suffisante, et ouvrant la voie à la décision du suicide. 

Le "corps à corps" Sarkozy-Hollande


"Marquage à la culotte", écrivent certains journaux, pour décrire la reprise quasi-immédiate, par le Président-candidat, de propositions de son principal adversaire, François Hollande. L'image de l'accrochage, par un boxeur, de son adversaire, pour rendre ses coups inefficaces, par limitation de leur développement, me semble plus appropriée, sinon plus acceptable. Mais c'est ainsi que cette campagne est mal partie. La vérité de notre situation "structurelle", de celle de l'Union Européenne, n'est pas bonne à dire. Les "yakas" de toutes espèces brouillent l'entendement des électeurs. Chaque candidat sérieux tient caché dans son dos ce qu'il sera réellement obligé de faire s'il est élu. Chaque candidat "catégoriel" compte sur le déchaînement d'une violence, balayant du jour au lendemain les règles du jeu politique, transformant la France en un vaste camp de concentration où les mal-pensants seront rééduqués. D'un côté, des mensonges pieux, de l'autre une représentation manichéenne de notre société, et la nécessité d'un règlement de comptes, sanglant s'il y a une résistance illégitime. C'est à se demander si le versement sur ce feu couvant d'un tombereau de soupe tiède ne vise pas à simplifier l'élection à un choix entre les deux hommes. À charge au vainqueur de pratiquer un grand lessivage pour rendre présentable la France auprès de ses partenaires européens. Qui, en attendant le résultat, reçoivent quelques éclaboussures de nos échanges de projectiles divers. Qu'ils s'en offusquent ne nous trouble pas. 

Sceptique

*Nosographie: catalogue nominatif des maladies.

**Aliénation: le malade mental est incompris par la société dont il est issu. Il est devenu "étranger".

***Cette question d'un procès, qui serait inutile pour les actes commis en état de démence et leurs auteurs, est très discutée, maintenant, en France, qui a été à l'avant garde sur cette question. C'est d'ailleurs pour les victimes de ces actes qu'un procès devrait être fait, puisqu'il n'y a rien à en attendre du côté de l'auteur de l'acte. Or, le propre de la maladie mentale est de ne pouvoir être comprise, par sa définition même, par les "normaux".