Si du côté de Nicolas Sarkozy, "on" s'est appuyé sur l'inexpérience supposée du candidat François Hollande, au prétexte qu'il n'avait pas occupé de fauteuil de Ministre dans les derniers gouvernements socialistes, du côté de François Hollande, certains cherchent dans les péripéties du quinquennat de quoi alimenter des rumeurs ou des soupçons.

Malgré les bons sondages en faveur du prudent candidat socialiste, tant que l'adversaire se bat encore, tant que l'arbitre n'a pas compté les points et proclamé le vainqueur, les coups bas peuvent le détabiliser et faire douter ses supporters.

Alors, pourquoi ne pas aller chercher dans les poubelles d'Internet, les divers clones du Protocole des Sages de Sion, modèle du genre, maintenant utilisé pour toutes les causes. L'anti-islamisme en produit régulièrement, et l'anti-sarkozysme se vend bien aussi. Donc, voilà en circulation un document provenant des services secrets liibyens "khadafistes", affirmant qu'en 2006, Mouammar avait contribué à la campagne du candidat Sarkozy par un don en bonne et due forme de 50.000.000 d' euros. Fastoche à transférer, à dissimuler, bien sûr! Il n'y a que le "Monde" pour avaler ça comme une pilule!

À l'époque, le dictateur libyen s'était racheté une conduite en reconnaissant sa responsabilité dans les attentats qui avaient détruit en vol des avions de ligne, l'américain au dessus de Lockerbie (Écosse), français au dessus du Ténéré, au nord du Tchad. Il s'était même engagé à indemniser les familles des victimes. Ce geste, multiplié par ses ressources en pétrole, lui avait valu un pardon empressé de la part des puissances occidentales. Si mes souvenirs sont bons, la France de Jacques Chirac ne se pressait pas trop, trouvant, entre autres réserves, la proposition d'indemnisation "à la tête du client" (c'est à dire moins généreuse pour les victimes françaises que pour les américaines). 

Mais Khadafi tenait aussi dans ses prisons un lot d'infirmières bulgares et un médecin palestinien, accusés, en bloc, d'avoir inoculé délibérément le virus du sida à des enfants libyens, alors qu'il avait été démontré l'absence de toute règle d'hygiène dans les hôpitaux où s'était noué le drame. Mais, "quia nominor leo", la raison du plus fort était, en Libye, la meilleure. Les tribunaux avaient fait leur travail: il et elles étaient condamnés à mort, mais, vivants, il et elles vaialent plus cher que morts. Et, le coeur sur la main, le candidat Sarkozy avait promis, à la cantonade, que s'il était élu, il s'occuperait en urgence de ces "otages". On connait la suite, la mission confiée à sa femme Cécilia, pour se concilier ses bonnes grâces, l'exfiltration des prisonnières avec l'aide de Claude Guéant et des services français, avant que le dictateur change d'avis, éventualité obsédante.

Après, ce furent les embrassades, les beaux contrats, rarement concrétisés (le nucléaire civil, pourquoi pas, qu'y avait-il de mal?), la grotesque visite à Paris du satrape. Et pour finir, l'ingérence musclée dans les réglements de comptes du dictateur. L'histoire du soutien à la campagne de Sarkozy, c'est le fils du Guide qui l'a lancée en pleine bataille avec les rebelles soutenus par la France et quelques autres partenaires européens. Les services secrets libyens ont eu le temps nécessaire pour en fabriquer les "preuves"! L'anachronisme ne leur faisait pas peur! Le mal n'est pas forcément dépourvu d'intelligence.

Ce qui est constant dans notre vie politique, c'est que les mouvements du coeur n'ont jamais payé. La libération des otages du Liban, en 1988, n'a pas valu une voix de plus à Chirac. L'intervention musclée à Ouvea pour dégager nos gendarmes pris en otages, encore moins. Oubliée la mobilisation, restée morale, en faveur d'Ingrid Betancourt. La sentimentalité de Nicolas Sarkozy a toujours été portée à son débit. Quant aux "cagattes" ayant mis en échec son zèle, n'en parlons pas! Sur ce point, la Gauche est nettement plus réservée. Quelle sera son action en faveur des otages français entre les mains de l'AQMI?

Sceptique