Il devait bien s'y attendre, mais l'expérience a du être pénible. Depuis plus d'un an, le régime syrien, issu d'un coup d'État "baassiste", en principe laïque, mais entre les mains d'une famille (étendue!) alaouite(schisme de la branche chi'ite de l'islam) résiste par la force la plus brutale à une révolte populaire, rassemblant toutes les communautés exclues du pouvoir, et quelques forces nouvelles, d'une inspiration religieuse très fanatique, comme Al Qaeda, de source sunnite*.

Dans d'autres pays arabes méditerranéens, ces révoltes populaires, parties de Tunisie, sont venues à bout, rapidement, des despotes installés à leur tête, carrément choyés, ou tolérés comme un moindre mal, par les occidentaux, intéressés par la paix dans cette région pour deux raisons: leur approvisionnement en pétrole, leur solidarité avec l'État d'Israël. Passée la première surprise, et leur nécessaire contrition, les nations occidentales, au nom de leurs principes, ont applaudi et soutenu ces révoltes populaires, les épaulant, même, par leurs forces militaires, en Libye, menacée par une répression féroce. Pour cette intervention unique, les nations engagées, dont la nôtre, avaient obtenu le feu vert du Conseil de Sécurité de l'ONU.

Mais, pour la Syrie, pas question. La tyrannie comme principe a ses défenseurs avec lesquels "on" ne discute pas: la Russie, et la Chine. Toutes deux façonnées, structurées, ou encore gouvernées, par un parti communiste qui ignore les concepts de droits de l'homme, de démocratie, et ne laisse aucune part aux sentiments, à la morale**, dans l'exercice de la politique. L'émotion soulevée par les actions meurtrières commises en Syrie au nom de Bachar El Assad, et qui donne des envies d'agir aux dirigeants occidentaux outrés, se heurte au refus glacé de ses protecteurs, la Russie et la Chine.

Vladimir Poutine, le "nouveau" Président de la Russie, fait une tournée en Europe, à laquelle son pays est lié par d'importants intérêts économiques, mais par aucune sympathie, aucune communauté d'idées et de sentiments. Les sous, la technologie, ça va, la sensiblerie au profit des victimes syriennes, "niet". Ils n'avaient qu'à rester tranquilles.

François Hollande espérait avoir avec son partenaire russe des rapports de raison. Malheureusement pour les syriens, ce fut chacun la sienne.

Sceptique

*Le sunnisme, orthodoxie musulmane, plus proche, par ses principes, de notre protestantisme, éprouve une haine radicale, faite de mépris, pour le schisme chi'ite, très précoce dans l'histoire de l'islam, et comportant des aspects de notre catholicisme, considérés comme idolâtres. Al Quaeda, fondée contre l'occident impie, s'emploie à combattre le ch'i'isme, avec le même sentiment.

**Comme le démontrait le philosophe russe Ignace Lepp, la morale communiste ne repose que sur le principe de la dictature du prolétariat: est moral tout ce qui y contribue, est sans valeur morale ce qui n'y contribue pas. Que la dictature du prolétariat ait cessé depuis longtemps d'être la préoccupation des régimes communistes ou issus du communisme, n'a rien changé à l'affaire. Il n'y a d'autre morale que l'intérêt, la commodité.