Hector Bianciotti, écrivain français venu d'Argentine, qui vient de mourir, était un de ces écrivains qui écrivent en français par passion pour notre langue. Grâce à son premier ouvrage, écrit en français et publié en France, "Sans la miséricorde du Christ", j'ai découvert "ma" langue, n'oubliant aucune tournure, aucun mot, aucun adjectif, inventé au cours des siècles, toujours parfaitement adéquat, et révélant une richesse largement oubliée. Je m'étais régalé de ce foisonnement, au détriment de l'histoire racontée, d'ailleurs, car ma lecture était lente, une dégustation à petites doses, longuement savourée dans mon cerveau. Ses livres suivants, tout aussi prenants, étaient plus sobres, plus accessibles. Mais l'auteur a rejoint définitivement ces autres étangers qui font partie de La Littérature française. Fondé, ou non, j'ai le sentiment que seule notre langue est capable de susciter cette passion. Je n'ai jamais entendu parler d'un auteur d'origine française devenu célèbre grâce à une oeuvre littéraire dans une autre langue. Le français en aurait le privilège.

C'est pourquoi je ne partage pas la désolation de ceux qui voient son utilisation diminuer à l'échelle du monde, parce que nous n'y avons plus le poids politique d'autrefois, et encore moins de poids économique. Il se trouvera toujours des esprits curieux qui la découvriront. 

Par contre, nous avons le devoir de la défendre chez nous, dans notre société, dans nos écoles de tous niveaux, dans nos journaux et nos médias. La laisser vivre, s'enrichir, mais ne pas baisser la garde, ne pas admettre son altération avec fatalité, sous prétexte qu'elle serait difficile, ou qu'il ne faut plus rien exiger des pauvres enfants fatigués. La lecture éclectique, l'édition, la curiosité pour les bons livres bien écrits entretiendront la fertilité de notre littérature.

Sceptique