"Les jambes des femmes sont des compas, qui arpentent le monde en tous sens et lui donnent son équilibre et son harmonie".


Cet aphorisme de "L'homme qui aimait les femmes", film culte des années 70, dans lequel François Truffaut s'est particulièrement projeté, aurait fait aujourd'hui de son auteur, un "harceleur", bon pour le gnouf.

Tant il est vrai que cet homme, paradigme du mâle de ces années post-1968, dès que le "tilt" du désir résonnait dans sa tête à la simple vue de jambes de femmes déambulant avec nonchalance dans la rue, n'avait de cesse d'obtenir une soirée avec "l'objet de son désir". Pas plus, sauf exigence de la partenaire, finalement insatisfaite. 

Jusquà ce que mort prématurée s'ensuive. Ce qui faisait déjà une belle brochette de nostalgiques à son enterrement.

Autres temps, autres moeurs, les femmes politiquement dominantes ont redouté, avec douleur, un "enterrement", non d'un homme aimé par compassion pour son point faible, , mais celui de la loi sur le harcèlement sexuel, "retoqué" dans sa première mouture par le conseil constitutionnel. Les nouveaux et les anciens députés leur ont unanimement donné satisfaction. L'expression verbale et gestuelle du désir masculin est désormais un délit en tous temps et en tous lieux. 

Bien que "out of order" en la matière, j'aime mon espèce, et je l'observe avec attention, dès que j'en ai le loisir.Le marché hebdomadaire, la Rue des Trois Cailloux à Amiens depuis quelques années, les rues de Paris, exceptionnellement, sont mes trois sites d'observation des humains qui marchent encore bien, et n'ont pas les yeux dans leur poche. Je n'ai jamais été témoin de conduites masculines, "déplacées", et de réactions féminines, de contre-attaque, ou de fuite, dans ces lieux, et aux heures qui sont les miennes. La jeunesse me parait bien sage, en comparaison avec ce que fut la mienne, elle se promène à vive allure, apparemment vers un but précis, et ne jette pas de regards sur les semblables qui marchent en sens inverse*. Quant aux parisiens des deux sexes, ils ne démentent pas leur réputation d'être toujours pressés.

Alors, où se passe ce harcèlement dont "on" nous rebat les...oreilles, et justifiant une loi dissuasive et urgente? Selon les attendus de cette loi, c'est dans les rapports hiérarchiques au travail que l'abus de subordination serait pratiqué. L'affreux patron, ou l'affreux cadre, monnayerait couramment les promotions et les augmentations, sur  le canapé! La digne administration ne serait pas épargnée par ce vice.

Dans ce contexte puritain, l'auto-observation enregistrée d'une jeune journaliste belge, ayant choisi ce thème du harcèlement dans la rue pour sa thèse de fin d'études, a fait un bruit certain, à la suite de sa diffusion. Le charnier de l'appât-chasseresse est revenu rempli à ras bords, de spécimens d'homo erectus fous de désir, d'expression la plus crue, la moins équivoque. "On" croyait l'espèce disparue. Ouf, la biodiversité est sauve!

Une étude, "scientifique", permettait-elle de tordre le cou aux derniers doutes? Le constat fait par cette jeune fille, enregistrements sono et video à l'appui, témoigne d'une réalité, mais activée et amplifiée par les conditions de l'expérience. L'étude est "biaisée". La demoiselle n'a pas traversé le quartier choisi "comme une fusée", mais "en se promenant"**, "donnant à voir", non pas furtivement, mais comme la ligne du pêcheur (avec un ê), centrée sur les secousses données au bouchon. Il y a, forcément, dans ces eaux là, des poissons affamés, mais pas assez vifs pour gober les mouches. Il n'y a, au bout de la ligne, aucun hameçon, mais un micro et une camera miniature qui recueillent le son et les images des gogos qui voient "une femme cherchant l'aventure". Ce n'est certainement pas la finesse de l'esprit qui est sollicitée, mais l'instinct brut. D'hommes dont on sait qu'ils ont une vie frustrée sur ce plan.

Beaucoup de bruit pour rien? Hélas, oui. Démonstration est faite que les hommes désirent toujours les femmes? Il est dans l'ordre d'aujourd'hui que les femmes doivent s'en trouver offensées. 

La place du désir dans la vie des sociétés (celles que nous avons faites au long de l'histoire) est comme une respiration, faisant alterner puritanisme et libertinage. Elle est haletante et oppressée en ce moment. "On" ne sait pas trop où "on" en est et où "on" va?

Sceptique

*Il y a cinquante ans (bon poids), les jeunes déambulaient en groupe, soit masculin, soit féminin. Les croisements donnaient lieu à des regards et à des réflexions idiotes, jusqu'au jour, où, deux partenaires se détachaient de leur groupe, pour se rejoindre. Les groupes d'aujourd'hui sont le plus souvent mixtes, et probablement structurés en couples.

**"Alors, on s'promène?" était autrefois la question des dragueurs timides.