"Tout va très bien, Madame la Marquise, tout va très bien, tout va très bien!

Il faut pourtant, il faut que l'on vous dise, un petit rien, un petit rien,

Des aut'médecins, Patrick Pelloux se plaint, et va falloir sévir!"

Nous avons perdu l'habitude, que dis-je, nous avons oublié, que les Ministres parlaient, promettaient (des sanctions), annonçaient leurs propres actions, au nom de leurs convictions. Il y a encore six mois, le super-Président prenait leur avis, et annonçait lui-même ce qu'il en ferait. 

Maintenant, le, ou la, Ministre parle d'abord, et le cas échéant, le Premier Ministre, en accord probable avec le Président, le, ou la, désavoue, et annule la décision annoncée.

Patrick Pelloux, Médecin urgentiste hospitalier, s'est forgé une conviction: 30% de médecins hospitaliers travaillent dur, trop, et 70% de médecins libéraux ne foutent rien....mais gagnent mieux leur vie que les précédents. Il a déduit cet état de choses à partir d'une situation grave: en Août 2003, il y a eu une canicule terrible sur toute la France, et près de 15000 personnes âgées en sont mortes. Ce sont les pompes funèbres, ne sachant plus où donner de la tête, qui ont alerté les administrations locales, et lui, médecin urgentiste, qui a reçu des vivants mal en point, qui a alerté le Ministère de la Santé...et les médias. Les vieux mouraient de coups de chaleur et de déshydratation. Les médecins légistes ne voyaient, après-coup, qu'une mort naturelle. Le coup de chaleur n'avait pas de codification particulière.

Grâce à lui, la prise en charge des dernières victimes a été adaptée, et les mesures d'alerte et de prévention mises en place, pour la fin de la période, et pour l'avenir. La canicule de quelques jours que nous venons de connaître n'a pas eu de réelle conséquence sanitaire. Par contre, ce que notre héros n'a pas compris, et admis, en 2003, c'est qu'un grand nombre de médecins de ville étaient en vacances, et, qu'accessoirement, le Ministre l'était aussi. À l'étranger, qui plus est.

Dans les grandes villes, les médecins libéraux ne consultent qu'à leur cabinet, et ne font que très peu de visites, toujours à pied, dans un rayon forcément limité. Pratiquement aucun ne peut se rendre auprès de situations urgentes, et appelé au téléphone, il ne peut que recommander l'appel à une équipe d'urgentistes, comme SOS-Médecins, qui se consacrent à cette forme de médecine, ou à Police secours, ou aux pompiers. Les uns comme les autres transportent le malade ou le blessé au Service d'Urgences le plus proche. Un premier tri permet de prendre en charge sur place, ou en cas de gravité particulière, transférer le malade à l'Hôpital chargé de la "grande garde", où l'équipe médicale de tous niveaux est d'astreinte. 

Les hôpitaux des grandes villes, ceux de Paris en particulier, étant "complets" en permanence, il est exceptionnel qu'un cas sérieux puisse être transféré dans le service compétent. C'est pourquoi il est soigné et surveillé sur le brancard où il a été placé à son arrivée, dans le couloir, ou dans une salle commune. Que mes lecteurs soient rassurés. Je parle d'expérience. Ces brancards sont de véritables lits roulants, confortables, à bonne hauteur, pour des soignants de tous grades et de toutes fonctions, efficaces et dévoués. Au retour du jour, on y voit plus clair, et un transfert peut s'organiser dans de bonnes conditions.

C"est vrai, pendant son temps de travail, une équipe ne s'arrête pas, ne peut souffler. Une noria d'ambulances, de toutes couleurs, de véhicules de police, amène, sans interruption, des gens ramassés dans la rue, ou chez eux. Quelques uns sont simplement ivres. La commodité, la disponibilité, l'efficacité des "Urgences", sont connues, et le réflexe des "brancardiers" de toutes origines est de les amener au service d'urgences le plus proche.

À moins de se marcher sur les pieds, mettre plus de monde dans cet espace limité n'est pas possible. Trouver des lits ne l'est pas davantage. L'essentiel, la qualité des soins, le soulagement de la douleur, la préservation de la vie, est assuré. 

L'existence des urgences résulte de la réflexion de la médecine hospitalo-universitaire. Il est vrai que parallèlement à son développement, la médecine libérale de ville s'est défaussée de ce devoir qui bouleversait le fonctionnement du cabinet et qui n'était suivi d'aucun repos compensateur. Les jeunes médecins ont été les plus rapides à comprendre l'avantage de cette division du travail. Le progrès global, en terme de chances d'être bien soigné et de s'en tirer, est évident.

Contrairement à ce que dit notre urgentiste en chef, et à ce que pense la Ministre, sous son influence, la médecine de ville n'éprouve plus aucune hostilité, aucun sentiment de concurrence, à l'égard des urgentistes et de leurs organisations*. Il y a déjà un moment qu'elle a compris qu'elle ne pouvait plus assumer ce "devoir". Quelques vieux médecins, façonnés au stakhanovisme, ont été vexés d'être dépossédés de cette charge, mais ils sont maintenant à la retraite. 

La solution du problème qui excite Patrick Pelloux et sa Ministre bien chapitrée, l'absentéisme pour cause de vacances et la fermeture de lits dans les services, se trouve-t-elle du côté de la médecine de ville, et sous quelle forme? La médecine de ville dispose-t-elle, en Juillet et Août, d'abondantes réserves d'effectifs réquisitionnables au profit des hôpitaux? J'espère que ce n'est pas le fantasme qui les motive! Car il est sans fondement. Il est aussi très compliqué pour les médecins de ville de trouver des remplaçants, et la plupart prennent leurs vacances en les coordonnant avec celles de leurs confrères et consoeurs exerçant à proximité.

Réquisitions, contrôle des installations, contrôle des honoraires, déclaration préalable des vacances, et autres exceptions , la gauche "de gouvernement"** s'accroche à ce catalogue  depuis...qu'elle existe. C'est pourtant elle qui est responsable de la pénurie programmée de médecins généralistes et de spécialistes, à partir de l'idée que les médecins créaient les malades et les dépenses afférentes. La situation léguée à la droite en 2002 commence à peine à se corriger.

Il est vrai que les médecins, même s'ils descendent dans la rue, n'auront jamais le poids suffisant pour faire entendre raison aux idéologues. 

Sceptique

*"Ils" sont quand même très nombreux à dire: "Il nous gonfle!"

** Pour la Gauche-non-de-gouvernement, la solution du bâton est exclusive.