Il n’échappe plus à personne, à l’exception des optimistes béats, que nous vivons la pire période que l’humanité ait jamais connue, depuis 200.000 ans, ou peut-être même, deux millions d’années pour les plus chanceuses générations de nos ancêtres.

Une des dernières trouvailles est que nous nous sommes mis, en Occident, au moins, à gaspiller une proportion de nos préparations culinaires, se chiffrant en milliers de tonnes. Tout n’est pas bonne bouffe dans ce que chacun de nous met à la poubelle chaque jour, mais au poids moyen d’un kilogramme par habitant et par jour, cela fait, rien que pour le peuple français, 23.725.000 tonnes d’ordures ménagères par an, pour une généreuse part, composée de produits comestibles cuisinés. Alors que tant de pauvres gens meurent de faim dans le monde.

Vous pensez bien que des esprits charitables ont imaginé le transfert de ces bonnes choses par des pipes-lines, calibrés en conséquence, vers  les populations affamées des autres continents. Mais ces dernières sont trop fières pour manger nos restes, et ont repoussé avec fermeté notre proposition. Nous nous retrouvons seuls avec notre honte.

Honte maintenant promise à l’éternité, sauf à inscrire dans notre constitution l’obligation faite aux citoyens de tous âges de finir leur assiette à chaque repas.

Nous avons la mémoire courte, hélas. Pendant des siècles, jusqu’il y en a moins d’un, nos ancêtres ont nourri un cochon avec les reliefs de leurs repas, bien moins importants alors, en ce temps de frugalité, que de nos jours. Maintenant, au grand dam des touristes allant en Bretagne, jusqu’à épuisement de l’ignorance, les cochons sont élevés et engraissés avec des céréales, loin des familles, et ne se retrouvent dans notre assiette que par l’intermédiaire des grandes surfaces, sans la moindre parole de compassion des acheteurs. Finis les sacrifices festifs réunissant familles et voisins.

Nous ignorons, aussi, ou faisons semblant d’ignorer, que la Nature fourmille d’exemples de parasites, commensaux, ou charognards, qui réunissent des espèces, dont les unes profitent des autres en échange de petits services. Ce n’est probablement pas pour d’autres raisons que les humains sont environnés de chats, de chiens, et d’oiseaux profiteurs.

Il n’est plus pensable de revenir à la solution du cochon à engraisser, à laquelle ne sont plus adaptées notre organisation sociale et nos cultures alimentaires, bien plus variées et parsemées d’interdits diététiques…et autres.

Dans nos laboratoires s’élaborent des méthodes visant à récupérer à un niveau intéressant l’énergie enfermée dans les déchets organiques. Nos ordures vaudront cher un jour. Pour le moment, elles nous coûtent cher !

Les nouveaux prophètes ne veulent évidemment pas de cette solution de facilité. Ils tiennent à  ces lendemains qui déchanteront. On peut, d’ores et déjà, les soupçonner d’avoir lancé cette campagne.

Sceptique