Les français ont élu en Mai un collectionneur de temps. Pour les changer d'un brûleur de temps, toujours pressé, parait-il. Pour employer le langage des jeunes, notre président est "cool". À tous les points de vue. "On" ne rapporte pas, à son sujet, de colères homériques, accompagnées de salves d'insultes humiliantes. Mais cette sérénité, face à une dégradation de notre économie qui s'accélère, et de ses conséquences sociales, et aux mesures qui sont supposées redresser le bâteau, mais qui consistent à créer une voie d'eau de l'autre côté, commence à énerver tout le monde.

Du côté de l'ancienne majorité, transformée en opposition, deux approches se distinguent, et font la différence entre les deux postulants à la présidence de l'UMP, François Fillon, Premier Ministre pendant toute la durée du mandat de Nicolas Sarkozy, et Jean-François Copé, conducteur du puissant groupe parlementaire à l'Assemblée Nationale, puis Secrétaire Général de l'UMP, toujours en fonctions, et donc animateur de ses militants.

François Fillon, qui a eu la responsabilité de mettre en application la ligne politique définie par le Président, et de gérer au jour le jour l'action du Gouvernement, a opté pour le maintien de sa posture d'homme tranquille, mais vigilant et sévère, dressant au jour le jour la liste des erreurs et des omissions du Gouvernement désigné par le Président François Hollande. En même temps qu'il critique, il élabore le programme des réparations qu'il y aura lieu d'accomplir quand le peuple français aura le droit d'exprimer sa déception, ainsi que les grandes lignes des réformes structurelles à reprendre.

Au contraire, Jean-François Copé s'est fait lanceur d'alarmes, et, au fur et à mesure de l'aggravation de la situation, en dépit du déni des nouveaux responsables, il veut mobiliser, jusque dans la rue, les mécontents et les inquiets, pour arrêter, et pourquoi pas, inverser, les transformations sociétales propres au projet de gauche, conduisant paradoxalement à davantage d'individualisation. Si la Gauche n'est pas sûre de redresser l'économie, elle laissera en souvenir des libertés catégorielles, mais nouvelles.

Ce serait une rupture avec un principe défendu par le gaullisme, depuis qu'il est revenu en force dans la vie politique française, en 1958: ne pas abandonner le pouvoir à la rue, ne s'en remettre qu'au vote des citoyens, lors des échéances prévues par la constitution, ou sous la forme de référendums. Les manquements à ce principe ne furent observés que sous la Présidence de Jacques Chirac, de 1995 à 2007*. Le Président Nicolas Sarkozy n'y céda jamais.

Même si le droit de manifester est inscrit dans la constitution, c'est une question de dignité de résister à ce mode d'action, propice à toutes les manipulations des esprits, et de s'en abstenir pour soi-même, dès lors qu'on désavoue ses résultats.

Il y a d'autres "chats à fouetter"**que le mariage gay, le vote des étrangers extra-communautaires, ou la légitimation de l'euthanasie des malades demandeurs. Les handicaps structurels, les blocages obsolètes de notre société "micronisée" en sujets de....mécontentement, qui expliqnent la déconfiture générale qui nous menace, sont d'un sérieux qui exclut qu'on les confie à la rue et à ceux qui la mènent. Ce pouvoir n'a jamais été que négatif, et toujours annulé, ou confisqué, par une reprise en mains autoritaire. En France, ou partout ailleurs dans le monde.

À quoi bon, d'ailleurs! Comme je le rappelais dans mon titre, six mois après l'élection de François Hollande et de sa majorité, leur popularité s'est effondrée, et la "bonne" presse fait chorus avec l'opinion. 

C'est pour le coup qu'il faut donner du temps au temps, y compris le libre choix de l'unité de mesure!

Sceptique

*J'oubliais la mise en échec du Ministre Devaquet (pourtant en estime, discrète, dans le milieu universitaire), par les émeutes étudiantes. C'était pendant la première cohabitation, il me semble, Jacques Chirac étant Premier Ministre. 

**Je suis contre "fouetter les chats", et ça ne sert absolument à rien, en supposant qu'une colère nous y pousse.