La meilleure analyse de la situation révélée par l'échec de la consultation interne de l'UMP, est celle de Gérard Grunberg, Politologue, enseignant à Scences Po. 

Commentateur habituel des points forts et des points faibles, des bons choix ou des erreurs, du Parti Socialiste, ce pilier du site Telos voit dans la crise de l'UMP la reproduction de celle qui secoua le Parti Socialiste. La différence ne tient qu'au sexe des protagonistes, deux femmes au PS, deux hommes, à l'UMP. Ça fait plus de bruit!

La maladie révélée par le symptôme, c'est l'ambition présidentielle. Tous les présidents de la République depuis De Gaulle, à l'origine de la Constitution de la Vème République, ont été adoubés par le Parti Gaulliste ou par le Parti Socialiste. Sauf un, Valéry Giscard d'Estaing, qui a soufflé la charge au RPR.

Personne n'est réellement dupe de la multiplicité des candidatures à chaque présidentielle, encore permise par le filtre des 500 signatures d'élus locaux*. Seuls les candidats des deux principaux partis sont présents au deuxième tour. Le vent de quelques boulets fait bien trembler les candidats donnés, l'un, gagnant, l'autre, placé, mais, jusqu'à présent, il n'y a eu qu'une fois une mauvaise surprise. Tellement mauvaise, que le seul possible a été pébliscité par tous les "républicains". 80% des voix!

Il est donc acquis que le Président de la Rébublique doit sortir des rangs d'un parti rassemblant un nombre important de militants et de sympathisants, de la représentation parlementaire conséquente dans les deux assemblées, d'une implantation locale dont on peut entendre la voix**. L'UMP, regroupant les gaullistes et les centristes, a été constituée dans ce but: ne pas reproduire la situation de 2002.

La suite est connue: la conquête de l'UMP par Nicolas Sarkozy, permise par le vieillissement et la paralysie politique de Jacques Chirac, son adoubement par une UMP agrandie, revigorée et enthousiaste, son élection "confortable" en 2007.

Dans le même mouvement de revitalisation de l'UMP, un certain nombre de "présidentiables" sont devenus visibles. La naturelle candidature à un deuxième mandat d'un Nicolas Sarkozy, encore en âge de gouverner, commandait à ces hommes d'attendre et, au contraire, de mettre leur ardeur et leurs talents au service de leur candidat."Un pour tous, tous pour un". C'était la devise. Les ambitieux manifestant le désir de concourir devaient y renoncer, faute d'un appui sérieux.

La défaite de Nicolas Sarkozy a libéré les ambitions. Les évidentes, et les justifiées. L'indice de renommée en a sélectionné deux, Jean-François Copé, lorgnant 2017 depuis toujours (Sarkozy avait fait voter la limitation à deux mandats (de cinq ans) de la carrière présidentielle), et François Fillon, le Premier Ministre solide et efficace, pilier du quinquennat. Rien ne pouvait être mis à son passif. Seul le désamour, l'angoisse et la perplexité nées de la crise, les promesses magiques du rival socialiste, expliquaient la défaite du Président Sarkozy.

Le résultat de l'élection interne à la présidence du parti, trop serré, trop juste, et même incertain, compte tenu des oublis et des accusations de fraude(s), contournées sans vérification, aurait du conduire les deux candidats à s'accorder sur l'annulation pure et simple du vote. C'était le point de vue de tous les observateurs neutres. Mais le "vainqueur", Jean-François Copé, s'est satisfait de ses 0,6% de différence, "confirmant" son auto-proclamation de victoire, quelques heures auparavant.

La crise était inévitable.

Malgré la diversité de ses origines, malgré les divers courants qui la traversent, l'UMP, renforcée par Nicolas Sarkozy, tant pendant sa campagne préparée dès 2005, que pendant son mandat présidentiel, est en fait très solide. Tout en soutenant "leur" candidat, les deux camps ne se cachent pas le risque de scission, et appellent de leurs voeux, en termes divers, l'apaisement de la dispute. Le plus intransigeant est celui qui est convaincu d'avoir gagné, mais l'autre ne cède pas d'un pouce. L'arbitrage est indispensable, pour commencer. Le constat de la nullité du vote devrait être l'étape suivante. Rien ne pourra sortir de bon de la situation actuelle.

Comme le dit Gérard Grunberg, les deux grands partis "présidentiels" font l'apprentissage de cette responsabilité, et les secousses ressenties sont, en quelque sorte, "normales". 

Notre nation a maintenant la chance d'avoir de solides institutions, et un système électoral qui dégage un "fait majoritaire" permettant un exercice efficace et responsable du pouvoir. "On" ne va pas revenir à la IIIème ou IVème République pour complaire à leurs nostalgiques.

Sceptique

*La réforme préparée par Lionel Jospin et sa Commission pourrait interdire toute candidature "libre" ou portée par des petits partis.

**Sous la IIIème et la IVème, le choix revenait aux parlementaires. Les élus étaient plutôt neutres, inconnus du public.