Sarkozy, aussi, s’était laissé aller à promettre l’impossible aux ouvriers des hauts-fourneaux. Puis, sans doute chapitré par des experts en métallurgie et en économie, il n’en parla plus.

Mais là-bas, « on » n’oublia pas l’expression verbale d’une supposée toute puissance de l’État. Tant il est vrai que notre histoire est jalonnée d’interventions étatiques positives, là où l’initiative privée a été habituellement absente.

Hélas, nous ne sommes plus sous l’ancien régime, ni sous ceux qui l’ont remplacé après notre Révolution, pendant les deux premiers tiers du 19ème siècle.

À force de stimulations, de soutiens aux initiatives, de protectionnisme, et de formation d’ingénieurs de tous métiers et de haut niveau, notre pays a disposé d’hommes entreprenants, capables de créer et de gérer des industries modernes, nous hissant au niveau de nos principaux rivaux européens, l’Angleterre et l’Allemagne. Le mouvement étant lancé, l’intervention de l’État s’est faite moins nécessaire.

Ce qui continue de caractériser notre pays, c’est la force d’une contestation idéologique de ce modèle industriel qui s’est imposé aux pays occidentaux, a vidé les campagnes au profit des villes, et a créé la « classe ouvrière ». Les intérêts de cette dernière, bien moins nombreuse qu’au début de la révolution industrielle, et ceux de l’économie de marché, qui caractérise un monde ouvert aux échanges et à la concurrence, sont souvent en contradiction. Incompatibles pour certains.

L’intégration économique de l’Europe, l’abolition des barrières douanières, l’ouverture à la concurrence, ont bouleversé les rapports de force entre patrons et ouvriers. Les patrons doivent écouler les produits des seconds. Encore faut-il qu’ »on » en veuille, et qu’ »on » accepte de les payer à leur juste prix. Cette règle du jeu en arrive à être insupportable. Mais elle est celle qui est majoritairement défendue dans l’Union Européenne. Pas très franchement en France, où le « souverainisme » prospère à droite et à gauche. Pour autant, dès qu’ils se penchent de près sur les chiffres, les responsables politiques mesurent le prix à payer d’un retour à l’autarcie bien protégée d’avant la construction européenne.

Cette difficulté de notre classe politique à s’engager franchement dans la réalité de l’économie, européenne, mais, encore plus, mondialisée, parce qu’elle est toujours détestée par une partie des français, se retrouve dans les programmes électoraux. Il faut promettre à tous une attention particulière et la garantie de leur prospérité et la sécurité de leur avenir. Ainsi, aux ouvriers de la sidérurgie lorraine, dont les ingrédients de base, charbon et minerai de fer, ne sont plus disponibles à un prix concurrentiel, « on » promet qu’on trouvera quelqu’un qui rallumera leurs hauts-fourneaux. Car leur propriétaire actuel ne s’y décide pas. Il ne veut garder en activité que le laminoir, qui fabrique de la très bonne tôle à partir de lingots d’acier fabriqués ailleurs. Et s'il n’y a finalement pas ce quelqu’un, c’est l’État qui prendra en main l’ensemble, le rachetant au propriétaire trop près de ses sous, et fera rallumer les hauts-fourneaux, pour éviter le licenciement des ouvriers. Le coût de l’opération est ignoré, ou secret.

Qu’on ne croie pas, surtout, que cette aventure ne sera assumée que par la majorité élue cet été. Elle a reçu l’appui des centristes , de quelques gaullistes, du FN, du bout de  lèvres, sans oublier l’extrême gauche. La pauvre UMP est pour le moment bien occupée par ses problèmes internes.

« Quand tout le monde a tort, tout le monde a raison ! » (Mirabeau)

Sceptique