"Ils", ou "Elles", sont tous d'accord, à gauche: la vocation de la gauche est de faire du social et du sociétal. Pas l'un, ou l'autre. 

Quant à la droite, elle examine l'action sociale, et critique la méthode la plus commune: déshabiller Paul pour habiller Jacques, et elle voit ses réformes sociétales d'un oeil trop facilement réactionnaire ou conservateur. Le "tout ce qui sera permis deviendra obligatoire" fonctionne à tout va.

La gauche est maintenant au pouvoir, depuis six mois et pour encore quatre ans et demi. Elle dispose d'une majorité à l'Assemblée Nationale et , même, au Sénat....quand les communistes et les verts le veulent bien. Tout le monde devrait être content, direz-vous!

Et bien, non, toute la gauche n'est pas contente. Une partie reproche au président et au gouvernement de ne pas faire assez de social et de faire diversion avec du sociétal. Quand la passion de l'ignorance vous tient!

Pourquoi la gauche peut faire, en toute tranquillité, du "sociétal"? Parce qu'elle dispose de la majorité pour le faire, et que ça ne coûte rien. Nulle nécessité de prélever un impôt nouveau pour le mariage pour tous ou pour moderniser nos mentalités sur la fin de la vie.

Il n'en est pas du tout de même pour le social. Comment faire un effort sur la condition ouvrière quand notre économie marchande se désagrège à grande vitesse, mettant au chômage des centaines de salariés, de tous niveaux de qualification, chaque semaine? On a beau faire des prières, avec ou sans moulin "ad hoc", les faits de non-rentabilité sont têtus, les achats de biens durables se portent sur les produits chinois, d'origine ou fabriqués sous licence. Personne de sensé ne peut croire que l'acier de Florange pourrait être moins cher que celui de Dunkerque ou Fos-sur-Mer.

Après avoir commencé par satisfaire une catégorie réduite de salariés, en lui permettant de partir à la retraite à 60 ans, moyennant un surcroit de cotisations à la charge des entreprises et des salariés, le Gouvernement se retrouve avec un rapport alarmant sur le financement des retraites, pourtant réformées avec peine par Sarkozy. En fait, ce sont les retraites complémentaires, celles qui sont gérées paritairement par le patronat et les salariés, qui sont menacées par un déficit grandissant. Elles assurent plus de 50% du montant des retraites. La crise est bien sûr, en cause: les chômeurs et les entreprises en faillite ne paient plus de cotisations. Dire en passant que cette nouvelle mauvaise nouvelle sur la situation des retraites est de la faute de Sarkozy est de bonne guerre. La consigne est d'en user sans modération.

Il y a déjà quelques années que les retraites sont grignotées par un décrochement de l'inflation. Elle ne sont plus indexées sur les salaires, qui, malgré la crise, suivent d'un peu moins loin l'inflation. Toute retraite versée en France subit 2% de perte de pouvoir d'achat, par an. Le montant des cotisations nécessaires n'augmente pas, car les entreprises n'en peuvent plus, et les salariés, aussi. 

Comment faire bonne chère avec peu d'argent? Cette question taraude les vrais responsables de l'économie. Dans les pays vraiment en difficulté, Grèce, Espagne, Portugal, les salaires et les pensions ne se sont pas contenté de stagner. Ils et elles ont diminué, de 20%, ou plus.

Nous tenons à notre système par répartition, et nous avons raison. Où en serions-nous si nous avions écouté les chantres de la capitalisation? Il n'empêche, le fonctionnement de ce système n'est pas encore bien installé dans les esprits, même de responsables. L'épée de Damoclès, c'est le chômage des jeunes, pour la plupart, sans compétence professionnelle précise. "On" ne peut pas demander aux 75% des jeunes qui ont trouvé du travail de payer plus, de rogner leur niveau de vie déjà bien faible.

Déjà, un nombre croissant de jeunes diplômés tentent leur chance dans l'émigration. Ils ont raison de penser à leur présent et à leur avenir, et j'espère qu'ils le font de manière avisée, car, ailleurs qu'en France, la protection n'est pas aussi perfectionnée.

Conclusion: la gauche française pourra faire du sociétal sans modération. L'économique, et partant, le social, restent ses points faibles, en raison de ses rigidités dogmatiques....et de celles de l'arithmétique!

Sceptique