On sait déjà que la CGT et FO, appuyés sur des salariés à statut, les agents des services publics pour la première, les fonctionnaires pour la seconde, ne signeront pas. Ils craignent qu'une amélioration de la situation du secteur privé ne donne des idées à l'État, du côté de ses agents.

Du côté des organisations patronales, la demande des syndicats, faite à l'État, de taxer les CDD, pour dissuader les entreprises d'y recourir, fait l'unanimité contre elle. Elle défie la raison, tout simplement. Par contre, la générosité du Medef, qui propose la prise en charge de l'assurance santé complémentaire pour tous les salariés, n'est pas acceptable par l'UFA, qui représente les artisans, dont la plupart travaillent seuls, faute de pouvoir grever leur entreprise du poids d'un salaire et de ses charges. Quant à la CGPME, elle hésite aussi, car cela fait 3 milliards d'euros de charges supplémentaires.

Théoriquement, c'est le patronat qui est en position de force. Sauf à nationaliser toutes les activités économiques, ce qui signifirait notre sortie de l'Europe et un  changement de fond de notre vie politique et sociale, c'est sur les entreprises, leurs commandes, leurs bénéfices, que les politiques comptent pour créer les emplois qui manquent, à la faveur d'une reprise de la demande intérieure, et extérieure.

Mais les deux centrales syndicales qui refuseront, et pousseront les autres à refuser tout compromis*, sont dans le déni des difficultés réelles de notre industrie. Elles se tournent vers les politiques, et leur enjoignent de s'en tenir à leurs promesses, qui leur ont valu les votes des "travailleurs". "Nous avons des droits sur les résultats de l'élection présidentielle", comme le dit J.L.Mélenchon.

Comme l'échec des négociations placera l'État dans la deuxième phase, confier aux législateurs la charge de modifier, bien plus qu' "à la marge", le système actuel, dont tous les gens de bon sens admettent qu'il n'est pas adapté à la situation depuis longtemps, il s'agira, pour le Président et sa majorité, d'aller contre leurs convictions de principe, et de réformer amplement, avec discipline, le cadre rigide et très étouffant du droit du travail. Actuellement très partial, en tous points, en faveur des salariés.

Le Président François Hollande joue son quinquennat sur cette question, observe la pragmatique CFDT. Il s'est engagé à inverser la courbe du chômage avant la fin de cette année. Pour y parvenir, il faudra plus qu'une demi-mesure! Il faudra plus de croissance, plus de souplesse accordée aux entreprises.

Il devrait pouvoir compter sur tous les députés élus sous l'étiquette socialiste, dont beaucoup, cependant, vont grogner et trainer les pieds. Il constatera la défection des députés EELV, qui ont vendu cher leurs voix, et qui ont une toute autre idée de ce qu'il faut aux français. Il ne peuvent pas la révéler, cette idée, mais ils tiennent à leur tactique prudente, mais obstinée, qui doit un jour l'imposer. L'extrême-gauche, qui a eu aussi ses cadeaux, et placée, comme toujours, dans le compte "profits et pertes".

François Hollande, lui seul, doit affirmer son autorité, ses idées, nettoyées par l'exercice du pouvoir, et suivre dans ses moindres détails cette réforme aussi urgente qu'elle est difficile et contraire à la culture de la gauche.

Sceptique

*Il faut la signature de trois centrales représentatives, pour rendre l'accord applicable. 

Note du 12 Janvier 2013: Contrairement à mes craintes, un accord a pu être signé entre les organisations patronales et trois syndicats de salariés. Les autres auront leur part du gâteau, "gratos". Le Président est content, et les termes de l'accord seront confirmés par le parlement.  Un pas en avant?