Un certain silence a peut-être été remarqué: je n'ai entendu ou lu personne, tant du côté du pouvoir, que de celui de l'opposition, dire que notre intervention au secours du Mali visait à libérer des populations civiles soumises à une occupation étrangère, qui lui faisait subir ce qu'une troupe d'occupation fait subir à une population occupée qu'elle méprise. Il se trouve que l'occupant prétendait mieux servir que l'occupé, la même religion. Ce qui l'autorisait à commettre de saints crimes.

J'ai donc relevé divers arguments, pragmatiques, glacials malgré le climat local, sans faire du Poutine, quand même. Réponse à l'appel du président malien, application des recommandations du conseil de sécurité (tatatata!), soutien de l'armée malienne (c'est sûr), sauvegarde de nos intérêts politiques (pas les économiques, inexistants, sur place, en tout cas). 

Quoi qu'il en soit, le sang de notre placide Président a pu bouillir d'une sincère indignation en pensant au sort promis à tout le Mali par les "fous de dieu", bien armés d'oeuvres terrestres. Il a donné à notre armée une mission précise, arrêter l'offensive djihadiste, puis la reconduire dans le désert, sans lui laisser le temps de reprendre son souffle. 

On s'est lamenté de ce que notre armée se trouve seule dans cette mission. Mais dans les autres, dirigées par les américains, ou par l'OTAN, elle ne disposait d'aucune autonomie tactique, et suivait le sort de la coalition, humiliant*. Le terrain du Mali a laissé des souvenirs dans nos états-majors. Ils n'ont pas eu de mal à élaborer la tactique la plus appropriée. "On" leur a dit de gagner, ils ont gagné. Les militaires, c'est comme ça: "on" leur dit de gagner, ils foncent, ils "mettent le paquet". Ça passe ou ça casse. "On" leur dit d'y aller mollo, de ne pas faire de mal? Ils font semblant de faire la guerre. 

Avec habileté et noblesse, le Président François Hollande félicite une armée malienne moralement requinquée. Mais les images sont sans équivoque: les populations de Gao et de Tombouctou, libérées de leurs bourreaux, ont accueilli leurs libérateurs avec ferveur, agitant notre drapeau, et criant "Vive la France", "vive Hollande". Ceux qui pensaient que nous allions être accueillis en conquérants, en occupants, en sont pour leurs frais.

Cette opération et son succès devraient redonner aux français une meilleure image de leur pays et de leur armée.

Sceptique

*Partie "bille en tête" en Libye, au secours des rebelles menacés de massacre par leur chef fou Mouammar Khadafi, la France n'a pas manqué de reconnaissance de la part des populations sauvées. Après, elles ont réglé leurs comptes à leur manière. Mais ça ne peut être pire qu'avant.