L'avènement de François Hollande et de sa majorité parlementaire a été suivi par une véritable débâcle de notre industrie, surtout de la plus lourde et de la plus traditionnelle. Les plans sociaux, les licenciements par milliers, les vaines tentatives de reprise par des candidats douteux ou méfiants, ont créé dans des sites symboliques des "abcès de fixation". En grève, et en même temps, appointés par leur employeur ou par l'assurance chômage, des ouvriers en colère exigent la cession de leur entreprise à l'État, qui se retire sur la pointe des pieds, ou à eux mêmes et à un repreneur de leur choix, se faisant fort de gagner de l'argent là ou leur patron prétendait en perdre.

Les promesses intenables ont exacerbé les conflits, car elles ont fait croire aux salariés que le renfort de la politique permettrait leur triomphe absolu et définitif sur tous les empêcheurs de rêver en rond, les patrons, les fournisseurs, les clients.

L'idéologie qui mobilise syndicalistes et politiques est que les chefs d'entreprise n'ont d'autre fonction que créer et maintenir des emplois, que leur droit de propriété est suspendu ou aboli, qu'ils n'ont à se soucier,ni de profit, ni de perte d'argent. Quant à la clientèle, elle n'est faite que de zombies, sans consistance ni importance.

C'est dans ce contexte que, prétextant une promesse de campagne, le Président François Hollande a annoncé un projet d'une loi contraignante, passant outre à toutes considérations comptables ou de concurrence, obligeant une entreprise désirant fermer un de ses sites de production, à le céder à un repreneur. Faute de quoi...? C'est ce qu'on va voir.

Il est habituel, qu'en première intention, certains politiques ne "fassent pas dans la dentelle". L'autoritarisme le plus sec n'est jamais très loin. Le gagnant contre perdant est tenté. Que ce soit un entrepreneur ou un officier de santé, pas de discussion allez, allez! La réciprocité des sentiments ne les trouble pas. Appartenant à un parti, ils aiment un tout petit peu ceux qui leur sont proches, et détestent cordialement les autres. S'ils croient, en plus, à la lutte des classes, il leur parait "normal" que celle qu'ils haïssent disparaisse ou leur soit soumise. Le Principe de Laignel* aidant, les obstacles institutionnels ou les règles internationales ne sont pas vérifiés.

C'est à eux, à leur attente, à leur satisfaction, que le Président a du penser en ressortant son gourdin. Car on ne peut déceler le moindre réalisme dans un tel projet. C'est pour le coup que toute entreprise menacée se dépêchera de se délocaliser, ou déménagera à la cloche de bois.

Car, que je sache, en dehors du profit que la production génère, la valeur comptable des locaux et des machines diminue chaque année par la règle fiscale de l'amortissement. L'obligation de vendre à un repreneur et concurrent attirera les charognards, qui auront tout le loisir d'exiger un prix de braderie. Habituellement, les cessions d'entreprises se font sur la base des profits attendus, qui donnent toute sa valeur au bien. Ce sont des cessions globales ou majoritaires, sous forme d'actions, ou d'augmentation conséquente du capital, faisant basculer la majorité de l'actionnariat. Ce que cette loi annonce, c'est l'abandon obligatoire d'un bien social.

C'est sûr, elle satisfera les doctrinaires de la spoliation, ceux qui tiennent le discours, et ceux qui mettent en actes la doctrine. Mais ce n'est pas le sort que la majorité des français souhaitent, et que nos partenaires européens accepteraient.

Encore aujourd'hui,la volonté de détruire une entreprise va être récompensée: personne ne veut de Good Year, à Amiens. L'usine est amortie, sa production est réduite à 10%de ses capacités, son propriétaire abandonnera la friche à qui voudra.

Sceptique

*Principe inventé par un député PS des années Mitterrand: "vous aurez juridiquement tort puisque vous êtes politiquement minoritaires."