J'ai trois convictions: quel qu'il soit aucun adulte ne peut percevoir un enfant, quelconque, comme un sujet. Pour la raison simple que se poser comme sujet est un acte individuel d'affirmation de soi. Chacun sait à quel moment précis il s'est fait admettre comme tel. Et quand un adulte voit un autre adulte, il présume que, "dans sa tête", l'autre se sent adulte.

La seconde est que l'essentiel de la construction de la personnalité, du développemment des aptitudes, se fait au sein de la famille, suffisamment aimante, attentionnée, et consciente de sa responsabilité. Carence affective et carence éducative vont de pair. Sans récompense d'amour, l'enfant ne voit pas l'utilité du bien, de l'obéissance. En cas de manque, l'encadrement scolaire, ou, plus tard, l'encadrement judiciaire ne font rien par eux mêmes, si l'enfant ne décide pas, tout seul, que c'est une chance pour lui. 

La troisième c'est que la société, composée de familles et d'individus, a évolué, grâce à l'instruction généralisée, à un niveau croissant, mais aussi à cause des progrès de la qualité de la vie, de la multiplication des besoins autres que vitaux. Tout en gardant en vue sa mission, le service public de l'Éducation Nationale doit prendre en compte les changements de la société. 

Trois conséquences: aucun adulte ne peut prétendre savoir mieux que tout autre ce qui convient aux enfants, étant donné qu'ils n'ont pas leur mot à dire. Et il vaut mieux, c'est certain, considérer cet avis comme insuffisamment argumenté. 

La responsabilité des parents, même si elle se fait trop discrète, voire inaccessible, ne doit jamais être ignorée, "mise sous le coude". Pour reprendre l'expression très utilisée, "on" peut aller la chercher avec les dents".

Leurs besoins, les exigences particulières qu'ils subissent eux mêmes dans leur vie socio-professionnelle, ne pèsent pas moins que celles des éducateurs. La société civile, dans son ensemble, aussi.

La décision, dans le cadre de l'opération"Tout sauf du Sarkozy" d'abolir la semaine de quatre jours que la suppression de l'école du samedi matin avait établi "de facto", s'est heurtée, de manière inattendue pour les redresseurs de tort (au singulier), à la résistance de la majorité des familles, des communes devant augmenter leurs dépenses....et des syndicats des enseignants du primaire. La fronde sur plusieurs...fronts, a surpris les bienfaiteurs, suffisamment pour les faire hésiter devant un simple passage en force. Tant d'électeurs mécontents d'un coup, ça donne à réfléchir.

Le "Monde" du 13 Février 2013 (p.18) offre ses pages débats à trois experts, interloqués par cette résistance à leur Vérité. 

Philippe Meyrieu tire le premier, sur la décision "précipitée" de Nicolas Sarkozy de supprimer l'école du Samedi, sans report sur un autre jour, mais compensé par une douce demande faite aux enseignants libérés de quatre heures de travail, de les reporter sur les élèves en difficulté. Il n'en fut quasiment rien. Détail gênant, Sarkozy s'était inspiré de l'usage établi par quelques importantes municipalités de gauche, de la semaine du quatre jours, par suppression de l'école du Samedi matin. Aucune protestation ne s'était levée du côté des intéressés, les familles, les enseignants, et les communes. Sans état d'âme pour le préjudice imposé aux familles, heureuses d'avoir obtenu l'égalité avec la majorité de la population, Philippe Meyrieu aurait bien vu le rétablissement de l'école du samedi matin, organisant du haut de son autorité, les bienfaits qu'en retireraient les familles, pouvant (en ville), acompagner leurs enfants et prendre contact avec les enseignants. Il s'étonne de la résistance de la société à sabrer dans les vacances, les petites et les grandes. 

Le second intervenant, François Testu, Professeur de Psychologie, fait le même constat des conséquences, sur l'attention des élèves, des perturbations du sommeil permises par la semaine de quatre jours. La concentration sur quatre jours d'un programme inchangé en volume accable les enseignants. Il faut donc "dédensifier"  le travail quotidien par un retour aux 4 jours et demi, puisqu'il ne peut être question de réviser des programmes auxquels il y a toujours une bonne raison d'ajouter quelque chose, sans rien retirer.

Sensible au fait que les enfants, libérés de la contrainte, se lèvent tard et se couchent trop tard, ce qui diminue leur disponibilité matinale, il en rend responsable, non les parents, mais le nouveau système, avec la complicité de la télé et d'internet

La troisième, DRH de l'Éducation Nationale jusqu'en 2012, prend la défense des enseignants, maltraités par leur employeur étatique et par les usagers, justifiant leur recours fréquent à la grève.

J'observe, pour conclure, que la France, dans son ensemble, parents, enseignants, anciens élèves, et responsables politiques sincères, et ce, depuis ...cinquante ans ou plus, n'est pas satisfaire de son école, n'arrive pas à s'entendre, à l'échelle nationale, sur des solutions acceptables par tous, et que les Ministres finissent tous par un "burn-out"...politique. 

Si j'ai de sérieux doutes sur les bienfaits de la décentralisation politique et administrative, l'Éducation nationale est, elle, vierge de toute tentative d'adaptation au cas par cas, des besoins, des demandes, des particularités des activités professionnelles des communautés urbaines ou rurales. Il est vraiment très curieux que l'école soit exclue des changements de l'organisation de la société française, et, aussi, de l'évolution de son mode de vie. Qu'elle désavoue, mais, en vain.

Sceptique