Je l'ai écouté calmement. Un réflexe professionnel, ne tenant pas ce qui est dit comme vrai de vrai, mais au contraire comportant sa part de fiction. Le Président en était d'ailleurs conscient. Il comptait n'être jugé qu'à ses actes, pas à ses intentions. Alors, pourquoi lui sauter dessus, à chaque mot, à chaque phrase?

Il a en permanence exprimé sa confiance en lui-même, en sa volonté de faire inverser la courbe du chômage en fin de cette année 2013. Il lui resterait encore trois ans pour la ramener au niveau irréductible qu'affiche le dit "plein emploi". Et mériter....sans le dire, une confortable et légitime réélection.

Il a dit ce qu'il voulait obtenir, la force de sa conviction, de sa volonté, mais a été d'une discrétion absolue sur les moyens d'y parvenir ne faisant pas partie de son programme. À la recette incontournable des emplois aidés, du traitement social du chômage, il a ajouté le pacte de compétitivité concocté par Bercy en réponse aux "pieds dans le plat" de Louis Gallois, et celui qui a été négocié entre le patronat et les syndicats responsables, assouplissant quelques dispositions du code du travail.

Si les avantages fiscaux du pacte de compétitivité peuvent déjà être calculés par les comptables des entreprises, la réforme des conditions du travail doit encore être approuvée par le Parlement. "Il" se fait fort de l'obtenir, tel qu'il a été négocié, sans modification représentant un recul, de sa majorité, se suffisant des élus socialistes....à condition qu'aucun ne se dérobe.

Tout le programme, rien que le programme, dans le discours. S'il est évident pour tout le monde qu'un programme, fait pour séduire un électorat, ne donne aucune marge de manoeuvre, et que tôt ou tard, le responsable d'un État aura à y ajouter des décisions imprévues mais nécessaires, François Hollande n'évoque pas de possible sortie de l'épure, d'avoir à prendre d'autres décisions venant au secours de l'économie marchande, dépassant l'orthodoxie "sociale-démocrate".

Les contours de son action semblent donc bien définis. Alors que sa fonction de Président de la République lui permet, et l'oblige, tout à la fois, à agir sans permission préalable. Comme il l'a fait pour le Mali, ce qui prouve qu'il en est capable. Mais qu'il s'interdit, ou qu'il évite, d'évoquer, dès qu'il est question de l'économie.

Ce qui permet aux économistes de gloser sur les avantages ou les inconvénients de cette "mise en panne" du navire en pleine tempête, machines au ralenti, huile sur les flots, déploiement des ancres flottantes*.

Charles Wyplosz approuve avec une ironie certaine l'immobilisme affiché par François Hollande, estimant qu'il est plus sûr de ne pas se tromper de décision, d'échapper aux coups fourrés, de ses partenaires et néanmoins amis..

Mais Élie Cohen s'insurge, au contraire, contre cette posture, dont il craint le pire. 

Pour le détail de ces prises de position, que j'ai schématisées, se reporter au site telos-eu.com, dont ce sont les deux articles les plus récents, à l'heure qu'il est.

Quant à la réalité de cet immobilisme, conséquent et organisé, "wait and see!"

Sceptique

*Je ne sais pas si ce matériel de marine est encore en usage. L'ancre flottante est un cône de toile monté sur une armature, au bout d'un cable. En cas d'impossibilité de manoeuvre, sa mise à l'eau met à profit l'inertie de l'eau, contraignant le navire à se présenter face au vent, et limitant sa dérive.