En réfléchissant à cette question, c'est le souvenir de Pierre Desproges et de ses propos assassins sur un éminent cancérologue, qui m'est revenu. Ce médecin lui avait révélé, sans ambages, qu'il était atteint d'un cancer au dessus de toute ressource thérapeutique (à l'époque). Il était,  ce médecin, un pionner, en France, de la vérité à dire aux malades condamnés, comme cela se pratiquait dans les pays anglo-saxons. Notre tradition française était le dorage de pilule compassionnel, jusqu'à la phase terminale.

Nous sommes encore loin, en politique, de cette révolution. Il ne manque pas de commentateurs, ou de commentatrices, qui jugent sévèrement les politiques de tous niveaux pour leur propos lénifiants, "à la demande", sur des sujets aussi graves que l'avenir d'une industrie dans son ensemble, ou d'une usine en particulier.

Les méritent-ils? Doivent-ils être disqualifiés en raison de leurs mensonges pieux? 

Il faudrait pour cela que les salariés d'une industrie ou d'une usine malades, d'hémorragie chronique et de l'anémie qui en résulte, admettent que la mise sous transfusion permanente aux frais des actionnaires ou de l'État, ne peuvent les sauver. 

Mais il suffit du verbe haut d'un orateur, sans l'humour de Pierre Desproges, mais percutant et, surtout, inflexible, pour entretenir le négationnisme, le refus de l'évidence: l'affaire n'est plus rentable, pour tout analyste sérieux, non "chasseur de prime".

On invoque souvent la franchise d'un Winston Churchill promettant aux anglais "du sang et des larmes". Mais le contexte n'est pas tranposable au présent! Le sang et les larmes, les anglais y avaient droit tous les jours, de toute façon. Seul, le bras de mer qui les séparait du continent empêchait l'arrivée des armées allemandes. Mais Goering s'était fait fort de mettre à genoux le Royaume-Uni avec sa Luftwaffe, et ses avions bombardaient les villes anglaises sans répit.

Il y a six ans, Nicolas Sarkozy, élu Président de la République, a opté pour le "bille en tête", le "droit au but", "Bonaparte au Pont d'Arcole", "la Marseillaise de Rude". Mais à Grandange, il a mis Durandal dans son fourreau, et a promis la Lune. Quant à l'ingratitude finale, pas besoin d'un dessin.

Son successeur est revenu à la tradition: promettre à chacun ce qui lui ferait plaisir. L'essentiel, c'était qu'il dépasse les 50% de clients satisfaits. De la Pub. 

Hélas, à Florange, la Pub a été mensongère. Du coup, chacun des Présidents, le passé et le présent, a droit à sa stèle commémoratrice. La Vérité est derrière, écrite au dos.

Sceptique