"I WANT MY MONEY BACK" : ce propos de Margaret Thatcher réclamant le remboursement de la contributiion britannique à l'Union Européenne, a une traduction française: "Je veux mon argent!". C'est le slogan souvent affiché par les futurs retraités, participant à des manifs contre toute réforme des retraites.

Lorsque je dis que les français n'ont toujours pas assimilé le système par répartition, je ne reçois en retour que des protestations. "Mais si, mais si, nous le savons".

Si c'était vrai, l'ajustement du fonctionnement du système aux évolutions économiques et démographiques n'aurait jamais du poser de problème à aucun gouvernement, de gauche, ou de droite. 

Or les gouvernements sont soit timorés jusqu'à l'abstention de tout abord du problème, soit obligés d'affronter des émeutes bien organisées et à monstrueux effectifs, et parfois un blocage complet des services publics. La réforme qui en résulte est incomplète et inégalitaire, ne frappant que les activités privées, touchant à peine la fonction et les services publics.

Les douloureuses réformes arrachées de haute lutte par les gouvernements de droite sont toujours insuffisantes, en retrait sur les chiffres implacables de l'allongement de la durée de la vie, et du raccourcissement de la durée de l'activité professionnelle, par le retard lié à la longueur des études, même les plus limitées, et par l'avancement du départ en retraite, soit par décision politique (la retraite à soixante ans), soit par nécessité économique, les seniors privés d'emploi n'ayant aucune chance d'en retrouver, dans une économie française en contraction régulière depuis des décennies. C'est le budget de l'État qui assure le comblement du déficit de fonctionnement du système.

"C'est bien fait!", disent ceux qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. L'argent qui manquera à des investissements d'avenir ou plus essentiels, c'est "après nous, le déluge!".

L'inégalité structurelle qui persiste entre les systèmes de retraite publics et privés permet une utilisation des plus malsaines par les meneurs des protestations. Car pour le maintien de leurs privilèges, qui ne suscitent qu'une protestation bien molle, ils sont vigilants sur tout ajustement des retraites du privé, susceptible d'être étendu aux publiques, au nom de l'égalité. La mise en faillite des caisses privées, régime général et régimes complémentaires, n'est pas leur problème*.

Il y a, au coeur du système des retraites, des mesures démagogiques qui pèsent sur l'équilbre financier des caisses et sur le budget de l'État. Leur suppression figure dans la liste, "explosive", suggérée aux politiques actuellement au pouvoir. Le pouvoir d'achat des retraites du privé se réduira par ses deux extrémités: diminution des pensions, augmentation des impôts. Mais comme il est question, aussi, de s'attaquer aux privilèges des agents de l'État et des services publics, en allongeant à dix ans, au lieu des derniers six mois, la base de calcul du montant de leur retraite, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, et le Président François Hollande peuvent s'attendre à une vigoureuse offensive des syndicats concernés, testant leur capacité de résistance.

Le paradoxe, c'est que les salariés du privé, inconscients du fonctionnement de la répartition, pensent que les syndicats oeuvrent pour eux, défendent réellement leurs intérêts, et ils ne leur mesurent pas leur soutien, fournissant des effectifs aux manifs, et, le cas échéant, leurs voix aux politiques démagogues.

Sceptique

*Avant d'en arriver là, la solution sera de réduire drastiquement les pensions, même celles déjà "liquidées", comme ça s'est fait en Europe du Sud.