François Hollande, en visite à Tunis, a déclaré à ses dirigeants actuels, pour l'essentiel, membres du parti Ennahda, parti islamiste proche des Frères Musulmans, que "l'islam était compatible avec la démocratie". C'est gentil, courtois, mais, en fait, ça dépend!... De la ferveur de la foi.

Imaginons notre pays, où la majorité des électeurs seraient revenus à une foi catholique ardente, dans le contexte d'une phase militante de l'Église. Une loi comme celle du mariage pour tous aurait-elle pu passer? Il est évident que non.La mobilisation d'une forte minorité des français pour la défense des valeurs traditionnelles, lui a fait la vie dure. Mais cette mobilisation est restée essentiellement verbale. Les "passages à l'acte" ont été rares et bénins. Le vrai désir des manifestants aurait été que la loi ne passe pas au Parlement.

En Tunisie, le gouvernement d'Ennahda avait, de ce point de vue, mal commencé. Son parti pris religieux s'était exprimé par un "laisser faire", accordé aux zélotes salafistes, qui s'en étaient donnés à coeur joie de persécuter leurs compatriotes trop tièdes à leurs yeux. C'est le désordre qui s'en est suivi, la réaction outrée d'une population à laquelle Bourguiba avait légué un autre mode de vie, qui a obligé le parti au pouvoir à sévir contre les salafistes, et de restaurer quelque peu la liberté de conscience.

L'éditorial du "Monde" du 5 Juillet, analysant le coup d'État militaire qui a interrompu le pouvoir des Frères Musulmans en Égypte, explique, tout en déplorant l'action, prévisible, de l'armée, que la courte majorité constituée par les Frères Musulmans avait gouverné  contre les autres composantes de la population égyptienne, laissant, là encore, la bride sur le cou des fanatiques, faisant, à leur place, la vie impossible aux minorités non musulmanes ou aux égyptiens trop libres.

C'est cette confiscation de la démocratie au nom de l'élection qui a jeté dans la rue, pour une expression directe et immédiate, les mécontents. Comme par ailleurs, en raison de cette insécurité débridée, la vie économique du pays est paralysée, il paraissait inévitable que l'institution militaire, État dans l'État en Égypte, siffle la fin de la partie.

Dans tous les pays arabes, le réchauffement, jusqu'au fanatisme, de la religion, a servi d'armement moral contre la domination occidentale, contre la constitution de l'État d'Israël, et contre les dictatures militaires que l'état de guerre permanent avait favorisées. L'avantage de la religion, c'est qu'elle pose une Vérité*, et une Erreur, ce qui ne laisse pas de place au doute, ou à la prise en considération du point de vue de l'ennemi. La succession de causes nécessitant une ferveur limite les possibilités d'établir des intitutionns démocratiques résistantes, qui seraient, pourtant, le meilleur rempart pour les libertés.

Le besoin de foi fait les affaires des prédicateurs, qui trouvent toujours, dans les textes fondateurs, les arguments de première main, capables de mobiliser les esprits. Les corps suivent.

Sceptique

*"hétéronome", comme la révélation qui la livre aux hommes. Ce qui crée une logique propre, séparée du raisonnement ordinaire. L'Erreur se définit et s'impose de la même façon.