François Hollande est comme tout le monde: il a un bras droit, et un bras gauche. Mais pour l'assister dans sa politique, aussi. Dans le domaine délicat de l'ordre public et de la sécurité, son bras droit est Manuel Valls, le Ministre de l'Intérieur, tandis que son bras gauche, vraiment à gauche, est la Garde des Sceaux, Christiane Taubira. 

Quand Valls promet la sévérité aux fauteurs de troubles, à ceux qui font le tri entre les lois de la République, Madame Taubira laisse entendre que seule la liberté (de tout faire) amende l'homme, et elle a sous le coude un projet de loi permettant d'exécuter, non les criminels, mais les dispositions sévères prises sous la présidence de Nicolas Sarkozy, faisant de la récidive un facteur multiplicateur des peines encourues.

Ce projet de la Ministre de la justice est vécu comme très grave par les parents des victimes de meurtres, commis avant l'arrivée au pouvoir de la gauche. Ces meurtres avaient été pour l'essentiel commis sur des enfants, des jeunes filles, ou des femmes, victimes de "mauvaises rencontres" avec des grands pervers, récidivistes pour la plupart. L'émotion soulevée par ces crimes, le constat qu'ils auraient pu être évités par une surveillance efficace, ou une prolongation de peine spécifique à la nature sexuelle du passage à l'acte, avait amené le président Sarkozy à faire élaborer le cadre judiciaire adapté. Une grande partie de ces dispositions a déjà été au moins neutralisée.

Car sur ce problème de la criminalité, le clivage gauche-droite est encore puissant et actif. La droite se maintient dans la ligne du mythe fondateur de notre civilisation: le crime peut être le choix de l'homme. Il dispose du libre-arbitre entre le bien et le mal.

La gauche postule que le choix du mal est imposé à l'homme par les circonstances, par les nécessités de sa survie. On ne peut nier l'existence de ces circonstances. Mais notre société n'est plus celle d'il y a deux ou trois siècles. Il est difficile de prouver qu'il n'y avait pas d'autre choix que la délinquance pour s'en sortir. Or elle est encore souvent choisie en première intention. Elle présente des commodités et des avantages. Quant à la prise de risque, la jouissance qui la soutient est un fait.

Si, au bout du compte, notre société jouit de plus de sécurité, malgré les apparences, qu'au "bon-vieux-temps", la médiatisation moderne, qui annonce et décrit avec force détails les crimes commis, en "temps réel", à une pincée d'heures près, entretient la représentation de victime possible. Pourquoi ça n'arriverait pas à moi, plutôt qu'à ces autres? C'est pour cette raison que le fait-divers est entré en politique. Il est très risqué de l'ignorer, sous prétexte d'incongruité.

Avantage ou inconvénient, on ne peut trop compter sur l'arbitrage des parlementaires dans ces domaines sensibles de la sécurité. Une majorité, sous la cinquième République, c'est fait pour soutenir le programme présidentiel et son expression gouvernementale. 

Le seul arbitrage possible sera celui du Président de la République en personne. Il a déjà, réagissant à des faits divers sérieux, mis ses pas dans ceux de son prédécesseur. Il en a un autre, plus lointain, dont il a vécu de près les malheurs, dus à un excès de candeur. Il a le pouvoir de contenir le zèle de sa garde des sceaux. Elle concocte une recette présidentielle avec les ingrédients disponibles. Mais le chef cuisinier, c'est LUI. Qui perdra ses étoiles au Michelin de la politique.

Sceptique