Nous devrions nous intéresser beaucoup plus à ce qui se passe au Québec, notre clone sur le continent américain. Le noyau de la culture des francophones est "gaulois", irréductible, comme le célèbre village de Goscinny et Uderzo. 

Le syndicalisme y tient la même place qu'en France, de combat, de contestation infinie, d'intermédiaire obligatoire dans le service public.  Le cinéaste Denys Arcand l'a caricaturé dans "Les invasions barbares", suite tardive de son "Déclin de l'Empire américain". Une amie qubécoise qui a vu le film avec moi m'a affirmé que le portrait n'était pas exagéré.

Cette conception du syndicalisme le voit comme "au dessus des lois". Ce qui revient, dans certaines circonstances, à être hors-la-loi.

En France, ce principe d'immunité va de soi. Les responsables syndicaux sont tout étonnés quand la justice, à l'instigation de l'État, d'un patron, leur "cherche des puces". José Bové, mélangeant la tradition paysanne et la syndicale, s'est rendu célèbre en demandant que les limites de l'action syndicales soient à la discrétion...des syndiqués. La simple invocation de sa nature "syndicale" légaliserait tout acte.

Au Québec, si la loi imaginée est toujours bien "française", la vraie est canadienne. Dans le cas particulier qui a attiré mon attention, il est question de la longue grève des étudiants du Québec contre l'augmentation, plutôt brutale, des droits universitaires, et de la "judiciarisation" de ses conséquences, sous formes de poursuites par des "victimes". 

Il n'était pas prévu que les étudiants puissent faire grève. Apparemment, le possession de ce droit les aurait mis à l'abri de poursuites. "Ils" le réclament donc, mais les politiques, maintenant que le calme est revenu, n'y sont pas disposés.

Faute de ce droit de grève, une association étudiante a été poursuivie par un de ses membres, "condamné", de facto, à redoubler son année. La justice lui a donné raison. Elle a accordé une indemnité.

De ce côté-ci de l'Atlantique, une telle situation me semble impensable. Inscrit dans la Constitution, le droit de grève est général, sauf exceptions (militaires, policiers, personnels hospitaliers). Des règles de modération ont été imposées aux transports publics. Elles n'ont pas, pour l'instant, été abrogées. Les étudiants peuvent faire grève, et ils ne s'en privent pas. Il ne viendrait à l'idée de personne d'intenter un procès à des grévistes pour un quelconque préjudice.

C'est pourquoi la question qui vient d'être posée au Québec est importante. Par défaut, elle en soulève une autre: l'action syndicale peut-elle rester irresponsable? Le syndicat rester "hors-la-loi"? Perdrait-il toute efficacité s'il réintégrait le droit commun?

Je pense depuis longtemps que non, qu'il gagnerait en termes d'image et en efficacité en se voyant définir une responsabilité vis à vis de la société et de ses mandants...cotisants. 

Sceptique