Ses illusions, elle les partage, bien sûr, avec tous les doctrinaires de son parti: l'homme serait naturellement bon, mais il serait poussé au crime par l'injustice de la société. Hypothèse qui en inspire une autre: un délinquant serait d'autant plus poussé à la récidive qu'il jugerait sa peine excessive et injuste.

Un étude américaine, citée récemment par le "Monde", faite dans un contexte philosophique radicalement différent, semble confirmer l'hypothèse préférée de nos "rousseauistes"*: la prison pousse à la récidive. En effet, cette étude fait apparaitre que les récidivistes sont en majorité ceux qui ont subi les plus lourdes peines initiales. Comme la même étude ne dit pas pourquoi ces délinquants se sont vus infliger ces peines lourdes, il est plutôt risqué d'affirmer que ce sont les peines qui les ont poussés à la récidive, et non la profondeur et l'enracinement du choix du mal.

En 2013, la France a compté près de 68.000 détenus. Soit un tout petit peu plus qu'un français sur mille. Ce qui laisse, quand même, 998 habitants de la France sur mille, qui n'ont pas mérité d'être emprisonnés. La petite marge qui sépare 998 de 999, je l'affecte à ceux qui ne se sont pas fait prendre, cette fois là. La police a beau être bien faite, elle ne peut pas être infaillible.

La médiatisation des faits-divers est peut-être pour quelque chose dans l'intensité du sentiment d'insécurité, d'une délinquance de haut niveau quantitatif et qualitatif, mais l'information doit être libre. Aucune censure lénifiante ne serait supportable.

L'opinion est en permanence contradictoire: elle est majoritairement très sévère, elle désapprouve le "laxisme" des juges, mais aussi celui des politiques. Elle est, par contre, désespérante quant aux moyens, ne voulant pas de prisons visibles de sa fenêtre, ou trop confortables pour ces détenus qui ne méritent pas d'être "dans un hôtel trois étoiles". C'est pour cette raison que nos prisons sont engorgées et un motif de honte permanent de notre pays. Hélas, vox populi, vox dei. Ce qui est paradoxal, c'est que la gauche, pour des raisons différentes, "accompagne" ce travers de l'opinion. Elle suspend les programmes préparés par la droite, pour ses raisons propres, validées en même temps que le programme de François Hollande et de la gauche. 

Donc, imprégnée, portée, par la conviction que c'est la prison qui fait le larron, la gauche au pouvoir, incarnée en Christiane Taubira dans cette circonstance, veut mettre au point une peine alternative à la prison, à la disposition des juges. Car nos juges doivent choisir dans un tarif celui qui leur parait le plus adéquat pour le justiciable qu'il ont à punir. Il est nécessaire que cette peine "de probation" existe, pour qu'ils puissent la préférer à une relaxe pure et simple....qu'on accuse certains de choisir trop souvent.

Le mal, la violence, la pulsion de meurtre, étant ce qu'ils sont depuis la nuit des temps, il n'y a rien à attendre de ce retournement philosophique. Il n'y a pas de mesure préventive en amont, comme l'interdiction de certains jouets, de presque tous les films, presque toutes les séries télé, les romans policiers, les bandes dessinées, les jeux video publics ou privés, la censure d'internet. La castration systématique des nouveaux-nés mâles serait peut-être efficace à terme, mais atteindrait gravement le narcissime des mères, qui se fichent en écrasante majorité de la théorie du genre. Et les enfants de sexe féminin laissés à la discrétion de la nature ne se contenteraient pas, non plus, de cette belle théorie! 

Bon, j'ai forcé sciemment le trait, pour défendre une nature dans sa globalité, qui n'est pas un "libre-service".

Comme en 1986, 1993, et surtout, 2002, la gauche prend le risque de ramasser une veste au terme de son mandat. Pourquoi est-elle inaccessible à la raison?  Mystère!

Sceptique

* Jean-Jacques Rousseau est sans doute abusivement attaché à cette conception inversée de la société: "l'homme est naturellement bon, mais perverti par la société." Il n'avait pas une vision aussi optimiste, en fait. La préhistoire révèle des traces de sociétés impitoyables, pour leurs voisines, mais aussi pour elles mêmes. Nos ancêtres plus proches étaient bien plus intolérants à la délinquance que nous le sommes devenus. Leur justice était expéditive. Il n'y a pas de "bon-vieux-temps"!