Je suis de ceux qui admettent qu'un humain ne subit pas passivement un destin, déterminé par son sexe ou son cerveau, mais qu'il y a une part de choix, positif ou négatif, dans ce qu'il (ou elle) devient.

À l'entrée dans l'âge adulte, François Hollande a choisi d'être de gauche (son histoire familiale ne l'y poussait pas), et de faire de son passage par l'ENA la première étape d'une carrière politique au parti socialiste, avec tout ce que ça implique comme engagements, et comme évaluations du bon et du mauvais.

Mais il est probable qu'à l'adolescence il s'est rêvé des aventures plus flamboyantes et plus violentes, qui ne font pas partie des idéaux socialistes.

Rien n'annonçait, lors de sa campagne présidentielle, qu'il se verrait un jour "chef de guerre". Il laissait cela à son adversaire Nicolas Sarkozy, dont la combativité s'exprimait dans tous les champs de sa fonction présidentielle. "Moi, Président", l'ultime litanie de François Hollande, dessinait point par point l'anti-portrait de son rival. Pendant les premiers mois de sa présidence, il s'en tint à ce portrait idéal (pour lui et ses fidèles).

Et puis, ce fut coup sur coup la décision à prendre de tenter la libération d'un agent français retenu depuis trois ans par des djihadistes somaliens, et quelques jours plus tard, une autre décision, d'arrêter une offensive d'autres djihadistes sur Bamako, à partir de leur conquête, remontant à plus d'un an, du Nord Mali. C'était une décision encore plus lourde, encore plus risquée, coûteuse, politiquement incorrecte pour la gauche. Il la prit, elle fut couronnée de succès, elle confirma les qualités de notre armée, dans une action autonome. Il vient d'en recueillir les bénéfices politiques.

Pendant le même temps, les affaires proprement françaises, socio-économiques, nécessitant des révisions déchirantes d'un programme gravement inadapté à la situation, aggravée par les premières mesures sectaires prises conformément à ses promesses électorales, étaient traitées mollement, ou pas du tout. Le nouveau pouvoir laissait filer les destructions d'entreprises et la montée du chômage. Ou se satisfaisait de postures.Les emplois aidés, les recrutements de fonctionnaires étaient les rustines à coller sur les brèches de l'économie marchande. Toutes les projections à court, moyen, ou long terme, conduisaient à une situation encore pire. De timides réformes, pas idiotes, mais discutaillées, visaient à ralentir la chute. 

L'évolution de l'économie, vers une récession, mettait en évidence que le financement des retraites ne se suffirait pas de la réforme arrachée de haute lutte par la présidence précédente. Il fallait remettre en chantier notre système, caractérisé par une inégalité entre les français, selon qu'ils ont fait leur carrière dans le service public ou des entreprises publiques, ou dans une activité privée. Le principe d'égalité de notre République montrait dans quelle direction une réforme devait s'orienter. Mais les hommes s'accommodent très facilement d'être "plus égaux que les autres". Les bénéficiaires des avantages les trouvent tout à fait justifiés, et intouchables.

Deux événements, deux situations, viennent d'illuminer le plan de clivage de la présidence de François Hollande: le gouvernement syrien vient de se rendre coupable d'une attaque aux gaz mortels de sa population en rebellion, faisant des centaines de morts, dont de nombreux enfants. Outré, conscient du devoir d'intervenir, passant outre à la protection du pouvoir néo-stalinien de la Russie, François Hollande a annoncé la participation de la France à une sanction armée de la Syrie*.

Mais de l'autre, la mission franco-française confiée au Premier Ministre Jean-Marc Ayrault, d'obtenir des partenaires sociaux(les Syndicats et le Patronat) un accord minimum sur les mesures à prendre pour assurer l'avenir des retraites, et leur évolution vers l'égalité, a échoué complètement. Face au "niet" des syndicats, le Premier Ministre n'a pris....aucune décision. Une augmentation des cotisations a été obtenue du patronat en échange d'un allègement sur une autre ligne( promis....puis, retiré). Le manque à gagner, l'excédent de dépenses, seront compensées par le trésor public, qui se débrouillera pour trouver "quelque part", les 7 milliards annuels manquants.

Cette capitulation est cependant défendue comme une grande victoire!

Il semble surtout évident que le gouvernement, Premier Ministre et Ministres, ne s'écartent jamais de la doctrine, de la ligne définie par le programme et les accords conclus avec les partis alliés. Les décisions qui n'entrent pas dans ces limites relèvent toutes de l'intervention présidentielle.

Sceptique

*Seules les marines américaines et la britannique disposent de missiles à charge classique capables d'atteindre des objectifs syriens et de les endommager. La marine française n'en dispose pas. Mais les départs de missiles seront filmés et présentés à l'occasion des journaux télévisés.