François Fillon avait raison. À l'occasion de son entretien, difficile*, de Dimanche matin sur I-Télé, il a ciblé Wladimir Poutine comme l'homme clé de la crise syrienne. Lui accordant, malgré ses provocations, une conscience des intérêts du monde, il a suggéré qu'avant tout acte de guerre, une démarche diplomatique soit faite dans sa direction, pour qu'il modère les ardeurs de Bachar El Assad, son protégé et obligé.

Comment cette suggestion flatteuse lui parvint-elle? L'attendait-il de son partenaire obligé, Barack Obama, ou d'un François Hollande outré par l'attaque aux gaz du 21 Août et prêt à lâcher quelques missiles sol-air sur des cibles syriennes? Un canal parmi les milliers qui parcourent le monde déposa dans son oreille l'idée d'un responsable politique qu'il devait connaitre. Il la confia à son Ministre des Affaires Étrangères, qui la transmit aux intéressés, les syriens, sous une forme concrète et honorable. Et ceux-ci l'acceptèrent.

La crise s'est dégonflée en quelques heures. Obama s'attribua le changement de ton, comme effet d'une détermination pourtant douteuse. Et avec quelques heures de retard, pour une probable question d'image, François Hollande et Laurent Fabius ont adhéré à leur tour à l'évolution vers l'accalmie.

Il y avait tant de conditions retardant la mise en actes de la "punition", qu'elle se serait produite à froid. Et contre une opinion nationale, d'un bord à l'autre de l'Atlantique, de plus en plus réticente, pouvant compter, au fil du temps, sur d'autres leaders politiques ralliés à l'opinion populaire**.

"On" se congratule, maintenant, à la perspective d'une solution politique à la guerre civile et religieuse syrienne. Qui tourne vraiment mal: la conquête par la rébellion d'une petite ville chrétienne a donné lieu à des exécutions sommaires et des enlèvements de syriens chrétiens et à la dévastation d'églises et de monastères.

Ça m'a rappelé qu'au 19ème siècle, les puissances européennes, en particulier la France de Napoléon III, ont pris pied dans ces régions pour protéger les populations restées chrétiennes, et cibles habituelles de pogroms.

Si la Raison pouvait triompher....

Sceptique

*À leur habitude, les journalistes ont eu du mal à laisser parler leur "invité"(voir mon précédent billet).

**L'opinion publique des nations démocratiques est de plus en plus pacifiste, au point d'être sourde et aveugle aux excès de dictateurs et à la souffrance de leurs sujets. C'est pour cette raison que les chefs d'états, aux États-Unis, et en France, ont le droit constitutionnel de déclencher des actions militaires en cas de nécessité urgente. S'il leur est ordonné de réfléchir, il ne leur faut pas trainer.