Être un homme est la condition nécessaire pour se convaincre qu'on a droit à un pouvoir, le droit du plus fort, et mettre tout en oeuvre pour s'en emparer. Mais ce n'est pas la condition suffisante pour l'exercer efficacement et dignement. 

Être une femme, cela vaut d'être rapidement chargée d'un catalogue de devoirs. La "force de l'habitude" peut conduire une femme à considérer un pouvoir comme le meilleur moyen d'accomplir mieux un devoir qu'elle s'est fixé.

Pour parvenir à ce moyen, il lui faut se forcer à s'accorder un droit, seule réserve d'énergie pour tenir bon dans la compétition qui s'ouvre.

Mais une fois que la compétition est ouverte, il s'avère que le rival masculin va recevoir un appui massif de ses congénères, et d'un certain nombre de femmes qui considèrent que le pouvoir est l'affaire des hommes.

C'est la mésaventure que vient de vivre Samia Ghali, maire d'un arrondissement de Marseille, Sénatrice, et candidate à la candidature socialiste pour la mairie de Marseille, à re-conquérir sur la droite, incarnée par Jean-Claude Gaudin.

Devançant ses rivaux de quelques centaines de voix au premier tour des primaires, la femme vraiment capable de figurer en finale, a été vaincue par la coalition de ses rivales et rivaux du 1er tour. Qu'une pincée de misogynie ait pesé dans la balance est plus que vraisemblable. Nous avons de beaux restes.

La discrimination positive que constitue la parité n'a rien réglé. Elle place à des postes subalternes des femmes qui n'y seraient jamais parvenues par leurs propres moyens, et qu'elles tiennent sans faire de vagues. Dès qu'il s'agit de postes de responsabilité, la loi du plus fort, ou de la plus forte, quelques fois, s'impose.

Quant à celles qui sont nommées ministres, elle obéissent au chef d'orchestre. Une musique "contemporaine", depuis un an, bon poids. Ce n'est pas par affection ou par partage de convictions que je ferai exception au profit de Christiane Taubira. C'est avec ses propres tripes qu'elle mène son action. Qu'on approuve ou non est une autre histoire.

Le choix d'une personnalité "masculine", sans charisme, sans envergure, par les sympathisants socialistes marseillais, me parait un avantage pour Jean-Claude Gaudin dans le contexte actuel d'échec "polymorphe" de la nouvelle majorité. Les votes-sanction devraient pleuvoir à Marseille comme ailleurs. Qu'ils tombent dans la bassine du maire sortant est moins certain. 

Le choix de Samia Ghali m'aurait paru meilleur, car reconnaissant la force de caractère, l'intelligence, et en même temps le sens du service au profit des autres que sa féminité lui confère. Cette femme m'a toujours paru défendre ses "ouailles" à travers elle-même, et considérer le pouvoir comme un moyen et non un droit. Quant au devenir de son choix de parti, le dit parti mériterait son pied au cul, il n'y a pas de doute. Mais l'offre politique est lamentablement pauvre, pour quiconque.

Sceptique

Note complémentaire: nos traits culturels jouent un rôle spécifique dans notre difficulté à faire, sans réserves, une place aux femmes, sur le critère de leurs mérites, et non de leur sexe. Quels sont ceux qui pèsent le plus? Nos racines rurales (la force musculaire de l'homme est essentielle au travail de la terre*), monarchique (loi salique** pour la nôtre), et catholique, me paraissent suffisantes, car on les retrouve dans d'autres pays de l'Europe du Sud . 

*La force des femmes, et surtout, leur résistance, était loin d'être négligeable.

**Loi "inventée", pour une circonstance, m'a dit un historien.