J'assistais hier soir à un forum d'intellectuels éminents, allant de la politique à la philosophie, en passant par la linguistique. J'ai été frappé par une perplexité partagée, mélangée à des certitudes, par le sentiment d'urgence à enrayer un déclin, ou une crise grave, de l'Europe, pas seulement comme union politique fragile, mais comme civilisation. Certains cherchaient, d'autres avaient trouvé, un bouc émissaire.

Le grand attracteur, le trou noir, se trouvant à l'ouest, tous tournaient leur regard vers l'Est, reprenant la vision gaullienne d'une Europe allant de l'Atlantique à l'Oural, ou pour les plus audacieux, de Brest à Vladivostok.

Le problème, vu cette fois-ci par le modeste citoyen européen que je suis, c'est le camarade Poutine. S'il rêve, lui, de son côté, d'une Russie allant de Vladivostok à Brest, il manifeste à qui veut l'entendre que l'Europe telle qu'elle existe est proche de son effondrement et ne l'intéresse pas du tout. Elle est trop "accroc" à la liberté. Facteur de désordres en tous genres. Il a assez à faire avec ceux et celles qui ont été contaminés par notre indiscipline.

Donc, de son côté, il restaure pièce par pièce l'empire des tsars, mais en veillant à ne pas refaire l'erreur des Romanov, se rapprocher avec passion de l'occident européen, singer sa culture. 

Pour le moment, Poutine et SA Russie ont besoin de l'Europe comme cliente de ses matières premières, mais surtout pas comme fournisseur...de mauvaises idées. Poutine et SA Russie ne cachent pas leur intérêt pour l'Est, y compris pour son climat. IL y envoie en villégiature ses ennemis des deux sexes, selon une solide tradition.

À son Ouest, il maintient l'état tampon de la Biélo-Russie, soviétique à souhait, et surveille l'Ukraine, qu'il tient par ses fournitures de gaz, prêt à le couper en cas de flirt poussé avec nous.

Si la crise multiforme qui touche l'Europe fait douter de son avenir, angoisse ses intellectuels et ses responsables politiques, aucune solution à long terme ne peut être définie. La maitrise de l'Histoire est une illusion réconfortante. Le rêve éveillé n'a jamais d'avenir sûr.

Est-ce que c'est Poutine qui ne veut pas de nous? Est-il le seul obstacle à une vraie fusion entre les deux grands ensembles de l'Est et de l'Ouest,du continent euro-asiatique? Auquel cas il suffirait d'attendre? Je pense que non, que nous sommes dans des champs d'attraction opposés, celui de l'Atlantique pour la majeure partie de l'Europe, celui des immensités asiatiques pour la Russie, gravées dans son histoire.

Nos meilleures idées se cognent et se brisent sur la réalité humaine. 

Sceptique