C'est un titre curieux des pages "sciences" du "Monde" qui a attiré mon attention:"Dieu, ADN, et dépression". La lecture de l'article m'a appris que les chercheurs en neuro-sciences s'intéressaient à ce phénomène commun, au moins par l'histoire, à toute l'humanité, l'adhésion à une religion. 

Tous les phénomènes existant dans la nature peuvent intéresser des scientifiques, et ils ont bien raison de ne pas en laisser un seul, hors de leur champ d'intérêts.

Ainsi serait née, à mon insu, je l'avoue, une "neurothéologie", qui étudie les relations entre les phénomènes religieux (je dirais plutôt "le phénomène de la religion") et la biologie du cerveau.

Première question: la religiosité est elle imposée par la biologie, ou le développement particulier de notre cerveau a-t-il permis, et rendu avantageux, le développement d'une religiosité?

La première tendance étant la plus lourde, "on" cherche donc le gène de la foi. Une fois qu' "on" l'aura trouvé, il faudra chercher la mutation qui rend athée. Quoique, là encore, selon le philosophe Conte-Sponville, il y a deux façons d'être athée: "je ne crois pas que Dieu existe", ou:"je crois que Dieu n'existe pas". Je crois, je ne crois pas, on n'en sort pas. Il faut absolument chercher, aussi, l'allèle* de la mécréance.

À partir d'une autre question, sur la fonction proprement dite, "à quoi sert la religion?", les neuro-biologico-généticiens ont donc cherché les liens entre la foi, ou l'absence de foi, et les diverses pathologies psychiques, exprimées par les sujets observés. Partant du principe trivial que la religion est faite pour libérer le corps, de ses besoins, désirs et pulsions diverses, ils ont abouti à la conclusion que la croyance ne rend pas heureux, qu'elle s'accompagne d'un mal-être, rangé dans les états dépressifs.

Là où il y a du gène, il n'y a pas de plaisir, ont-ils conclu. Mais ils ne sont pas lancés dans la recherche du gène du doute. Leurs propres certitudes ne leur permettaient pas d'imaginer son existence incongrue.

Que pensent les adeptes des religions de ces recherches? Pour le coup, ils sont de peu de foi! Seuls les boudhistes sont enthousiastes (le mot convient bien!), et soutiennent cette recherche. 

Pourtant, toutes les religions devraient applaudir. Les dévots recevraient une justification de la science, jusqu'ici "sulfureuse", depuis Galilée et Darwin. Les fanatiques seraient présumés "diploïdes", et ce serait un motif pour une nouvelle recherche. Pour être considérés comme normaux, les tièdes, qui ne vont pas à la messe, ne font pas leurs pâques, reviendraient à leur église.

Enfoncés, les simples philosophes ou psychologues qui se contentaient de la banale "créditivité", qui permet aux humains de tenir pour vraie la parole des parents qui leur enseignent le savoir-vivre en société, ou celle qui suit l'enfance, qui permet l'adhésion au pacte social. On ne peut pas dire que les sociétés modernes abusent du bourrage de crâne, qui, de toute façon, trouve toujours des contestataires.

Il me semble, par expérience, qu'au contraire de ce que dit cette étude, les croyants sont plus sereins que les athées, que "leur foi les sauve!"**. 

Sceptique (très!)    source: Cahier du "Monde" N°21405, daté du 13 Novembre 2013

*allèle: variation d'un gène, une sorte de longue phrase composée de quatre lettres seulement, mais dont l'ordre et la place sont indispensables à son bon fonctionnement. Les "coquilles" perturbent ce fonctionnement. La "nature" a remédié à cette faiblesse en mettant en double, dans chaque noyau de cellule, chaque gène, l'un venant de la mère, l'autre venant du père. Cela diminue le risque, et les conséquences, de la malfaçon d'un gène.

**Freud a commis la sentence suivante:"l 'adhésion à une névrose collective permet l'économie d'une névrose individuelle."