Le tyran légendaire de l'antiquité grecque avait du être réduit à ce constat: seules ses victimes trop grandes, dont il coupait les jambes, pouvaient survivre. Les trop courtes, allongées de force, ne pouvaient que mourir.

Nos idéalistes d'aujourd'hui sont soucieux de corriger la voie vers une égalité, qui se révèle, depuis deux siècles, insaisissable, tellement les hommes, livrés à eux-mêmes par la liberté, s'efforcent de devenir plus égaux que les autres.

D'autant plus facilement que la République, cherchant à expurger toute sorte d'aristocratie, de privilège de la naissance, a fondé une méritocratie, et le moyen de la réaliser, les concours.

À un concours, n'importe quel bon élève peut réussir. Pas seulement les "fils de", même s'il s'est avéré impossible de neutraliser l'avantage d'avoir des parents qui ont déjà bénéficié de l'égalité des chances. Dès la fin du 19ème siècle, les fils et les filles d'instituteurs sont entrés dans les universités et les grandes écoles. Et leur progéniture, à son tour, s'est maintenue à ce niveau, au point de le considérer comme un droit.

Et dans l'ensemble, les bénéficiaires de l'égalité des chances se sont montrés d'une incroyable ingratitude: pour mieux défendre les avantages acquis, ils votent pour les conservateurs! 

La confrontation entre les idéaux de la Révolution et l'état de la société d'aujourd'hui a de quoi désoler les purs. L'opération de changement de la société, qui place en bas ceux d'en haut, et en haut, ceux d'en bas, montre par son échec en une ou deux générations, que c'est l'homme qu'il faut briser. Malheureusement, ceux qui sont chargés de la besogne en profitent pour s'installer durablement au pouvoir, et le rendre héréditaire, favorisant leurs enfants, seuls autorisés à se former à leur succession. Les purs s'en sont aperçu, et concevraient volontiers une révolution permanente. Mais ils se font clouer le bec vite fait.

Les purs actuels sont plus prudents, mais il faut bien dépasser cette prudence pour faire quelque chose, en commençant par sa propre famille, présumée fidèle à l'esprit du même nom. 

C'est ainsi que le pur des purs, aventuré dans le très périlleux ministère de l'Éducation Nationale, a fait mettre discrètement en chantier le moyen de rabattre le caquet de l'élite du corps enseignant, les agrégés. Les faire travailler plus, pour moins cher, et à des niveaux qu'ils ont toujours trouvé indignes d'eux, ceux du collège, du premier cycle des études secondaires.

Les purs des purs croient qu'ils sont les seuls à espionner les autres, les purs simples, et les impurs. Hélas, l'expérience aidant, tout le (beau) monde espionne tout le monde, beau ou pas. Et le brouillon du projet ministériel est arrivé sous les yeux du SRA*, caché au ministère.

Nul besoin de faire un dessin pour comprendre la suite.

Sceptique

*Service de Renseignements des Agrégés.