La révolte des bretons, celle des bonnets rouges, a éclaté sous l'effet d'un enchainement de mauvaises nouvelles. La faillite "en chaine" de son modèle économique, fondé sur l'agriculture et l'élevage industriel, trouvant ses débouchés au delà des frontières Est de la France, sur un marché ouvert à la concurrence mondiale. Laquelle, en Europe même, permettait à des productions d'origine encore plus lointaine, de faire mieux que la bretonne. Une autre production spécifique, la pêche, devait "réduire sa voilure", à la fois sous l'effet de la concurrence et de la menace d'un épuisement des ressources en poisson des eaux européennes. Menace réelle? Ou imaginaire? Aucun accord sur la question n'existe entre les pêcheurs et les scientifiques.

La goutte d'eau faisant déborder le vase, ou l'étincelle mettant le feu aux poudres, au choix, a été l'arrivée, après un long parcours, de l'application d'une nouvelle taxe votée lors du précédent quinquennnat, celui de Nicolas Sarkozy, frappant les activités économiques utilisant le transport routier. 

Élaborée sous la pression d'une autre conviction, celle d'un changement de climat, vers un réchauffement, causé par le surconsommation d'énergie tirée de la combustion du carbone, "l'éco-taxe" était supposée dissuader progressivement l'utilisation du moteur à explosion pour remplacer les muscles des hommes et des bêtes de trait*. L'état politiquement minoritaire de la catégorie visée, semblait permettre toutes les audaces. Vox populi, vox dei. Hélas, il n'y avait pas que Dieu! Le Diable s'en mêla et invita les coupables à pécher encore plus. 

La nouvelle taxe n'était pas punitive, dans l'esprit de ses promoteurs, mais salvatrice....à terme. "On" n'avait pas bien expliqué la chance qu'avaient les bretons d'inaugurer la taxe et les compteurs de kilomètres installés le long des nationales et des départementales. Bouffés d'angoisse devant les annonces de faillites à tout va d'industries trentenaires ou plus, il ne restait plus assez de neurones corticaux aux bretons pour apprécier l'honneur, et c'est leur fond brutal qui se déchaina. Au diable la France et sa condescendance obtuse.

Un retour sur l'histoire des rapports entre la péninsule bretonne et le reste de l'hexagone livre quelques "constantes". Dès que la partie continentale de la France est faible, politiquement, économiquement, et....militairement (ça coïncide, à toutes les époques), l'ouest de la péninsule bretonne souffre de pauvreté, et se replie sur son identité. Sa partie Est, ouverte sur le reste du pays, nettement moins. Loin de réclamer le retour de la domination française, la Bretagne s'accommode de sa pauvreté et se rêve indépendante. La meilleure période de son histoire fut celle de la domination de l'Empire Romain, qui la défendait, et lui assurait les avantages de l'Empire. Son affaiblissement face à la pression des peuples du Nord eut des conséquences immédiates sur le bonheur breton**. 

Le thermomètre breton continue, de nos jours, à renseigner sur l'état de santé de la nation France. Très mauvais, on peut le déduire. La fièvre est encore montée ces jours-ci avec l'annonce de la relance des travaux de l'Aéroport international de Notre- Dame des Landes. Le ralliement des bonnets rouges à l'empêchement de l'ouvrage témoigne du peu de foi dans l'avenir, de la population. Le doute, instillé par les écologistes, qui condamnent en bloc le modèle de société qui faisait l'affaire de tous jusqu'en 2008, prospère dans les têtes désespérées des bretons de l'Ouest. Mais pas seulement. Les autres français désespèrent, aussi, de la capacité de l'État français à remettre le pays sur ses rails. Le doute les ronge, pas moins. Mais ils paraissent tentés par une fête monstre avant l'engloutissement du navire. 

Sceptique

*L'écotaxe était supposée devoir financer des solutions "alternatives " au transport par route, honni par l'église écologique. À savoir le rail, et des canaux. Quand on sait que la SNCF est incapable de fournir ce service à des prix compétitifs et d'une qualité aceptable pour ses clients potentiels, que les projets de canaux modernes sont systématiquement torpillés à coups de procès intentés par les paroisses locales de la même église, on ne peut que rire du prétexte.

**Les périodes d'indépendance bretonne dans le contexte de déliquescence de l'Empire romain, ne se passèrent pas bien, en raison des rivalités des familles dominantes.