Xynthia, Draguignan, Hautes-Pyrénées, Menton, Lalonde les Maures, Hyères, la liste est longue et devient fastidieuse. Je suis sûr que j'en ai oubliées. 

L'eau, la neige, sont tombées en abondance, et leur fonte ou leur écoulement ont fait des ravages. La mer est montée, plus haut que d'habitude, et a fait de même. Des destructions, et des morts.

Les décrets de "catastrophe naturelle" se multiplient, pour mettre un peu de baume au coeur de victimes qui ont tout perdu: maison et mobilier, culture, élevage, ou atelier. Bienfaisante mesure que ce supplément d'assurance, provisionné, et libéré dès que la situation le justifie. Mais la recette est engloutie par la dépense, et au rythme de la croissance des "catastrophes naturelles" dans les régions les plus exposées, la mesure pourrait bien trouver sa limite.

Un accusé, le R.C.A., réchauffement climatique anthropique, c'est à dire une malfaisance de l'homme, un critère de définition de "l'anthropocène"*, est-il seul en cause?

Il faut commencer par rappeler que la description initiale du R.C.A. n'est pas conforme à la réalité vécue aujourd'hui: la France devait devenir désertique, et non noyée dans l'eau douce ou salée. Et puis, chaque catastrophe fait revenir une antienne: les dégâts et les victimes touchent des zones dont l'occupation permanente par les hommes est récente. Elles se cencentrent dans des régions au climat agréable, doux et ensoleillé, mais sans les qualités nécessaires à l'agriculture ou à l'élevage, activités primaires de l'homme, où une grande proportion des retraités de l'hexagone préfèrent venir passer leurs vieux jours, fuyant la moitié nord de la France, tout juste bonne pour le travail. Ils n'ont pas la patience d'attendre que le R.C.A. les atteigne! Ils choisissent un lieu associant mer et soleil, besoin essentiel des européens aisés d'aujourd'hui. Ils expriment leur besoin d'une maison individuelle, pouvant accueillir, en plus d'eux-mêmes, leur famille en vacances, et les promoteurs immobiliers et les maires des communes s'empressent de les satisfaire. Qu'en plus de leur stérilité, les terrains constructibles comportent un risque rare d'inondation par la mer ou les rivières, est facilement oublié**.

Dès qu'il y a catastrophe, et qu'on découvre qu'elle était prévisible, d'une part, que l'occupation du sol a été un facteur aggravant, d'autre part, les victimes et leurs avocats, les rivaux des édiles en fonction, et les croque-malheurs, sont à la curée. Les seuls coupables sont ceux qui ont satisfait la demande. L'État n'est pas oublié, non plus. Il aurait du tenir les mains des élus du peuple.

Hélas, au nom d'une nouvelle idéologie, apparue dans les années 1980, l'État, honteux de ses excès, dénoncés depuis plus d'un siècle, laissés intacts ou même renforcés par la Révolution, a commencé à remettre aux collectivités locales, communes, départements, et régions, ses devoirs, avec le pouvoir et le financement nécessaire pour les maintenir en disponibilité. La planification des travaux nécessaires à la satisfaction des habitants, et à la prévention des caprices de la nature, a été laissée aux nouveaux niveaux de décision et d'exécution. L'armée des agents de l'État, chargés de cette responsabilité, a été fragmentée en régiments et bataillons, subordonnés aux élus locaux. Il en est résulté que les intempéries majeures frappant un territoire, dépassent habituellement la capacité d'action des détachements locaux. La débrouille à l'ancienne doit remplir les vides.

Cette carence des services communaux ou départementaux fait l'objet de quelques communiqués accusateurs, "à la cantonade", dans les médias locaux, qui restent sans conséquences politiques. Le bouc émissaire, l'État, est toujours disponible pour l'opprobre. Il n'y a pas de "votes-sanction-locale" aux élections locales. Les changements de majorité et de responsables n'ont de lien qu'avec les conflits nationaux***.

Il faudra bien, pourtant, ne plus se contenter de chercher des coupables parmi les victimes, habitants, agriculteurs, retraités, vacanciers, et les décideurs à ces échelons, et analyser sérieusement le paramètre "décentralisation", dans la chaine de causes qui  a abouti à la défaillance, ou à la paralysie, de la prévention. Avoir le courage de reconnaitre les excès de candeur et les fausses-routes, et faire marche arrière là où ce sera nécessaire. Les "usagers" seront probablement indifférents. Seuls les élus défendront leur siège.

S'il y a une responsabilité humaine d'une amplification réelle des phénomènes climatiques, il y a peut-être des solutions plus intelligentes qu'un simple procès de l'homme. Une cohésion à l'échelle nationale des mesures curatives et préventives à prendre pour contenir les effets des excès des éléments, ne peut pas être inutile. Empêcher des citoyens de s'exposer au malheur, protéger  les élus locaux de leurs excès de faiblesse, ou d'une courte vue sur les avantages et les inconvénients de leurs décisions, pourrait nous éviter ces dégâts et ces morts, dont les médias font leur quotidien.

"Errare humanum est, perseverare diabolicum". À cette échelle là, il est vain de chercher un coupable, une catégorie à haïr, voire la totalité de l'espèce humaine, à l'exception de ses proches et de ses êtres chers.

Sceptique

* "anthropocène": nomination proposée pour notre époque, marquée par la participation de l'espèce humaine, de ses activités, et de ses besoins, à l'évolution des caractéristiques physiques et chimiques de la planète et de sa biosphère. L'anthropocène comprend au moins notre présent. Et notre futur, lointain pour les optimistes et les philanthropes, déjà très compromis et peu engageant pour les pessimistes et les millénaristes, vigilants depuis le début de notre ère historique.

**La couverture du sol par des bâtiments fait obstacle à l'écoulement de l'eau, et en aggrave les effets: hauteur de son élévation, puissance de la poussée sur ce qui la gêne. Ce qui contribue, dans une proportion majeure, à l'agrandissement des zones inondables, postérieurement à l'attribution des permis de construire, dans les communes exposées.

***Il peut y avoir une disgrâce locale. Mais le phénomène me parait rare, tellement les fonctions municipales ont le caractère d'une décharge. D'instinct, les électeurs évaluent l'importance de l'enjeu, selon le niveau de responsabilité et de pouvoir réel. L'exemple de l'élection présidentielle, qui a le niveau d'abstention le plus bas, est éclairant.