La courbe du chômage s'infléchit, tend vers l'horizontal. Seulement 10.000 chômeurs de plus ce mois-ci. Les responsables politiques qui rêvaient depuis des mois de lui voir prendre une pente descendante, parlent de stabilisation. 10.000 au lieu de 30.000, autant dire que c'est rien.

Le chômage peut-il descendre encore plus bas? Oui, mais plus lentement. Le stock des entreprises en difficulté s'amenuise, l'activité tend vers son minimum, assuré par la circulation des salaires, des pensions, des allocations, que les vivants reçoivent, et dont ils vivent. Le détournement d'une partie de cet argent circulant vers l'épargne de précaution est un réel problème économique, mais il fait partie de notre culture paysanne. Même notre actuel grand argentier ne l'ignore pas, et malgré la déflation, il a maintenu un intérêt significatif au Livret A. La masse collectée finance le logement social, mais elle est garantie par l'État.

Depuis plus d'un demi-siècle, nous sommes contraints à faire une place, dans notre culture économique, à la foi communiste: l'entreprise privée, c'est le mal. Entre le partage de Yalta et le Plan Marshall, notre pays est resté dans la sphère politico-économique des États-Unis. L'étatisation de l'économie a été limitée. Elle a fini par reculer en raison de sa gabegie chronique et de la pression du modèle libéral, préféré par nos partenaires européens. Mais elle a laissé dans certains esprits (les corps qui les hébergent n'en souffrent pas), une nostalgie tenace. Le patron, petit ou grand, est le mal absolu. Le mieux serait qu'il ne retire rien de son entreprise. Le premier centime d'euro est un vol.

La majorité actuelle, partagée entre une mouvance modérée et pragmatique, ne se sentant pas insultée par l'étiquette "sociale-démocrate", et une autre, dogmatique et honteuse, souffrant d'avoir à suivre, en trainant les pieds, l'avant-garde, n'arrive pas à se rallier à une vision pragmatique et réaliste de notre situation économique. Elle se contenterait bien de planter des épingles dans la poupée représentant Nicolas Sarkozy, dont chacun est doté. Elle éprouve l'envie des certitudes radicales énoncées à sa gauche. Le doute est d'un inconfort!

Puisque la France n'est pas un clone de la Corée du Nord, mais encore moins de la Chine d'aujourd'hui (où le patron jouit d'une paix royale), il n'y a qu'un modèle , qu'une solution, celle du reste du monde prospère: lâcher la bride aux entreprises, les laisser vivre, ne les traire que quand les mamelles sont bien pleines.

C'est le sens profond de ce pacte de Responsabilité, remettant aux entreprises encore en vie la charge de se rétablir, de se refaire une clientèle, et de confier les commandes à réaliser à des hommes et des femmes capables de se servir de leurs machines. Et promis, juré, "on" ne passera prendre sa part qu'après. Plus, "avant", comme d'habitude.

Puisqu'il ne s'agit pas de subventions, payées "avant le travail", il semble évident que les entreprises concernées ne gagneront rien à ne rien faire. Mais pas pour tout le monde. Ces charges que les entreprises ne paieront pas sur le travail effectué, sont un cadeau. Qui devra être compensé par un autre cadeau, remis le même jour, sous forme d'une embauche.

Ces adeptes du donnant-donnant immédiat voudraient bien que son principe soit inscrit dans le contrat. Ils savent ce qu'ils veulent, tandis que les autres politiques se tâtent toujours. "Ils" n'ont jamais fait "ça", décider.

Sceptique