La constitution de la Vème République est combattue depuis son origine par la gauche et l'extrême-gauche, mais aussi par l'extrême-droite, à laquelle le système électoral (scrution uninominal majoritaire à deux tours) ne peut garantir une représentation nationale ou territoriale, aucun appui des autres partis n'étant jamais accordé à la formation d'extrême-droite. Elle ne doit ses succès qu'au recrutement de nouveaux électeurs, protégés par le secret du vote.

Les raisons de l'hostilité de la gauche à la constitution de la Vème République tiennent à sa phobie d'un pouvoir personnalisé, incarné par le Président de la République, élu au suffrage universel direct. "Elle" s'en accomode beaucoup mieux quand son candidat à la Présidentielle l'emporte, favorisant, dans la foulée, l'élection d'une majorité parlementaire. Se révèle alors une incapacité qualitative à utiliser au mieux les moyens garantis par la Constitution, et une rapide perte de popularité. Il ne lui reste plus que le quantitatif, en termes de temps, de stabilité politique, laissant toujours espérer une adaptation de la majorité à son pouvoir et aux devoirs qu'il implique.

Cependant il n'y a plus seulement les partis situés aux extrêmités de l'éventail des opinions, "normalement" écartés de toute représentation*, qui refusent en permanence la constitution, déduite logiquement des échecs répétés des constitutions "parlementaires", favorisant le jeu des partis politiques, au détriment des besoins de stabilité de l'exécutif. Depuis un certain temps, des voix s'élèvent, plus particulièrement au Centre, pour critiquer la rigidité de la Constitution gaullienne, et la permanence du clivage droite-gauche.

Ce clivage est-il si récent? "On" oublie que pendant l'exercice de la IVème République, très rapidement, la vraie gauche a été le monopole du Parti Communiste Français, dont l'électorat et la représentation ne descendaient pas au dessous de 25% des français. La guerre froide à l'oeuvre depuis 1948, la protection militaire et politique étant garantie par l'allié américain, le gouvernement était assuré par les représentants des 75% restants, répartis en plusieurs partis, de gauche non communiste (socialistes et radicaux) du centre (MRP), de droite (Indépendants et gaullistes). La disposition de la majorité parlementaire nécessitait une coalition temporaire devant rassembler un peu plus de 50% de l'Assemblée. Des retraits de soutiens entrainaient la démission du gouvernement, et la constitution d'une nouvelle coalition.

La faiblesse de l'exécutif prit tout son relief avec la guerre d'Algérie, impliquant plus massivement l'opinion et nos forces armées. L'impasse politique, la disproportion entre le pouvoir réel du gouvernement et les nécessités imposées par le conflit colonial et son internationalisation, ne trouva sa solution que dans le rappel aux affaires du Général De Gaulle, l'homme providentiel des années 1940-1945. "Il" imposa ses vues en matière constitutionnelle**. La Vème République naquit et prit forme l'année même de son retour.

La majorité constituée autour de la personne du général De Gaulle dura jusqu'à sa démission et sa mort, quelques mois plus tard, et le relais pris par Georges Pompidou, puis Valéry Giscard d'Estaing, un Centriste. L'usure de la coalition gaulliste amena au pouvoir François Mitterrand et une coalition de gauche associant le PCF. Le décalage entre les durées du mandat présidentiel et celui du soutien parlementaire conduit à deux retours de la droite et deux cohabitations. Une troisième cohabitation, de gauche, par suite d'une fausse manoeuvre politique, se conclut par une réforme de la durée du mandat présidentiel, alignée sur celle du mandat parlementaire. 

L'avantage du quinquennat a été de supprimer les cohabitations, mais son inconvénient a été de lier le sort du Président et de sa majorité. Élus et désavoués en même temps. Cette solidarité de fait constitue un facteur de crispation partisane, et serait à l'origine du clivage gauche-droite.

Je n'en suis pas convaincu, car ce clivage n'a pas commencé avec la Vème République. Il est simplement proportionnel au niveau de pouvoir du système institutionnel. Ce n'est, ni en renforçant ce pouvoir, ni en l'affaiblissant, que ce trait particulier de la vie politique française sera neutralisé. C'est un trait de caractère national, ou un trait culturel, comme on voudra***. 

Sceptique

*Le scrutin proportionnel garantit une représentation aux petits partis, et favorise les alliances de circonstance. Il n'empêche pas les conséquences des mouvements amples de l'opinion.

**En 1946, De Gaulle avait proposé une constitution garantissant l'efficacité de l'exécutif. Sous l'influence des autres partis, les électeurs refusèrent par référendum cette constitution, et De Gaulle démissionna. Une constitution, proche de celle de la IIIème, "parlementaire", fut proposée et acceptée. Ce fut la IVème République.

***Je doute de notre capacité à une vie démocratique pacifique, comme on peut l'observer dans la moitié nord de l'Union Européenne. Les récents événements de Nantes nous le rappellent.