Le nouvel épisode, de conclusion heureuse, d'une prise d'otages et de leur libération au bout de près d'un an, ravive la réflexion sur ce phénomène qui accable les sociétés d'aujourd'hui.

En préambule, j'invite les lecteurs de ce billet à lire celui que l'abécédaire des sociétés modernes (lien sur mon blog), a consacré à ce terme de fanatisme, en 2008. F comme Fanatisme, par Pierre Gautier et José Le Roy. Le fanatisme s'organise autour de la conviction de posséder La Vérité, religieuse ou politique, le devoir de lui subordonner tous ses sentiments et tous ses actes, sans autre considération.

La rétention d'otages a concerné des prisonniers de guerre d'un certain rang, égal à ceux de leurs vainqueurs, respectables et à la vie précieuse, au même titre. Leur possession à l'issue d'une bataille ajoutait à la victoire, et facilitait la conclusion de la paix.

La prise d'otages, hors batailles, est apparue à la suite de la création de l'État d'Israël, de l'évolution du conflit israélo-arabe qui s'ensuivit, de sa prise en mains par les religions des belligérants, à la suite des défaites politiques et militaires. La prise d'otages, leur mise à mort, avaient pour but de terroriser les intrus, de rappeler l'opposition des vaincus, contraints à l'exode. Faute de pouvoir aboutir à la solution désirée, elle maintient la combativité des combattants, l'insécurité de l'ennemi, ne lui laissant aucun répit.

La déstabilisation des états arabes n'a pas cessé de s'aggraver depuis, s'étendant à l'ensemble du moyen-orient, se compliquant d'une guerre de religions de même ardeur entre les deux principales formes de l'islam, le sunnisme et le chi'isme.

Les interventions permanentes des puissances occidentales, et de la puissance soviétique, puis russe, dans ces conflits, pour soutenir l'allié, ou le secourir, ont créé une exposition particulière de ressortissants de ces puissances. Des humanitaires, venus secourir les victimes de guerre, et des journalistes, venant chercher sur place l'information que réclament leurs rédactions.

La situation des uns et des autres de témoins gênants, de complices de leurs gouvernements, de commentateurs critiques des objectifs et des méthodes, dérange le jeu des forces en présences, engagées dans une lutte radicale, sans merci. De part et d'autre, l'élimination totale de la partie adverse est impérative. Les buts et les moyens nécessaires sont sans nuances. Le fanatisme, religieux en l'occurrence, imprime la force la plus efficace pour l'accomplissement de l'extermination de l'"autre".

Sans considération pour leur propre mort, qui peut même servir à tuer, les combattants de ces guerres absolues n'en ont pas davantage pour ceux que leur valeur d'échange désigne pour le rôle d'otages. Leur traitement combinera le minimum nécessaire à leur maintien en vie, et les souffrances et humiliations exprimant la haine méprisante qu'ils inspirent.

Un tel niveau d'engagement nous est devenu totalement étranger, si tant est qu'il nous ait jamais concernés. Nos propres guerres de religion sont anciennes, et ne se sont pas produites sous des yeux étrangers, observateurs, mais non concernés. Nos liquidations étaient expéditives, sans place pour un calcul. Notre niveau de conviction religieuse nous tient, maintenant, loin de dérives semblables. Ellles nous sont incompréhensibles.

Certains redoutent que la contagion gagne nos sociétés, maintenant mélangées, abritant des pépinières de fanatiques, qui se satisferaient d'objectifs sur place, s'ils disposaient de la même facilité. Nous sommes pour longtemps contraints à la vigilance, à la surveillance des comportements, des échanges, des partages de ces projets inspirés. Si "on" n'en voit pas la fin, on n'en voit pas davantage une expression massive et durable au sein de nos sociétés, qui transformerait la tentation terroriste en guerre de conquête ou d'épuration religieuse.

Sceptique