Face à un tel drame, qui dépasse, par le cumul des détails, la déjà incroyable "bourde" du Commandant Schettino, jetant sur les récifs de l'ïle Giglio son "Costa Concordia", on ne peut que s'interroger sur le niveau de conscience professionnelle des marins sud-coréens. 

C'est ce que fait Philippe Mesmer, correspondant du "Monde", dans le numero daté du 25 Avril 2014.Il relève tous les manquements, toutes les incohérences, tous les cafouillages qui ont accompagné la perte de centaines d'adolescents, victimes, à la fois, de l'incurie des responsables du voyage organisé, et de l'excès de discipline enraciné dans leurs esprits. Ils et elles sont morts comme les capitaines d'autrefois plaçaient leur honneur.  Dans les eaux de la Corée du Sud, ce fut l'inverse.

Il y aurait, d'un côté, note le commentateur, une habitude bien enracinée dans les esprits des coréens ordinaires, d'un strict respect de l'ordre et de la discipline. Mais dans celui des cadres publics et privés auxquels sont confiés ces citoyens ordinaires, un "culte" de la dérégulation, de l'impréparation, de "l'expédition" de la réalisation. Il serait résulté de cet état d'esprit un certain nombre de graves accidents, faisant des centaines de victimes. Et ce pays, dans le peloton de tête des pays prospères, développés, inventifs, l'est aussi dans le classement des décès par accidents massifs.

On peut, à ce stade de l'analyse, se poser la question: que pourrait signifier ce rapport à la fois négationiste et fataliste à la mort, des sud-coréens?

La guerre de Corée, déclenchée par le frère-ennemi Nord-Coréen, en 1981, avec la complicité de l'Union Soviétique*, a marqué ma jeunesse, par ses risques immédiats d'une troisième guerre mondiale. La destruction de la Corée mal-pensante par la bien-pensante, était le but. Les armées fanatisées de Kim-il-Sung y ont mis tout leur coeur. Elles ont semé la terreur et la mort à chaque pas de leur conquête. Le coup d'arrêt porté par le protecteur américain a sauvé la Corée du Sud. Il a fallu trois ans de combats acharnés, relancés par l'intervension chinoise, pour obtenir un armistice et le retour aux positions de départ. Il n'y a qu'une paix de fait. Le régime nord-coréen n'a pas réellement renoncé. Il entretient la pression de multiples manières.

Cette situation n'est pas si fréquente, dans le monde, et pourrait avoir créé une culture de la peur et de l'instant présent, reconnaissable comme un modèle de réaction, plaqué sur la culture originaire. Mais j'ai aussi le souvenir de la violence de la révolte des jeunes contre le pouvoir, démocratique, mais autoritaire, de la Corée du Sud, jusqu'à l'accès à la prospérité que nous lui connaissons aujourd'hui, et qui ne peut qu'avoir favorisé un certain conformisme. Entretenu par les roulements de mécaniques nord-coréens.

Cette combinaison de fuite en avant, de fatalisme, de sauve-qui-peut, je la verrais bien comme l'effet d'une blessure toujours ouverte, comme une peur du pire toujours vive. En permanence, les Sud-Coréens peuvent mesurer ce à quoi ils ont échappé, et dont leur voisin les menace tous les jours. Une version ambiguë et tragique du "carpe diem" épicurien serait leur lot.

Sceptique

*Staline a fourni tout le matériel nécessaire, dégarnissant ses propres forces. Tester la fiabilité de l'ennemi américain était son propre motif.