Grand émoi dans les médias occidentaux, à l’annonce faite par le chef de l’organisation islamiste nigériane Boko Haram* qu’il allait « mettre en vente comme épouses, ou comme esclaves » (quelle différence ?) les lycéennes qu’il a fait enlever dans un établissement d’enseignement, dans la zone où il peut agir.

 À qui s’adressait-il ? Aux autorités nigérianes, qu’il combat, aux familles des jeunes filles, qui ont transgressé l’interdiction qui est le prétexte de son existence : l’instruction « à l’occidentale », c’est à dire la transmission des outils de la connaissance, et pas seulement celle de la religion, contenue dans le Coran ?

Ou, au delà de ces victimes à sa portée, aux « occidentaux », mis dans le même panier de la subversion de l’islam ?

En tout cas, les médias occidentaux (et leurs « consommateurs »), ont réagi « au quart de tour », revoyant les images, reconstituées par nos peintres, de femmes blanches dénudées, vendues au plus offrant par les pirates qui les avaient capturées sur un bateau sans défense, ou razziées dans un village côtier..

Bien sûr, ce chef de guerre a fait coup double (ou triple) en s’exprimant ainsi : atteindre l’honneur et l’affection des pères et des mères de ces jeunes filles, celui d’un État nigérian incapable de le vaincre, incapable de prévenir les coups qu’il assène loin de son repaire. Et faire honte au monde occidental, semeur de mauvaise pensée, et incapable de défendre « ses » victimes, détournées de la « bonne croyance ».

Ce rouleur de mécaniques a-t-il réellement les moyens de mettre en actes, en présence de journalistes et de photographes rapportant la réalité crue, son projet scandaleux ? Si on prend le temps de réfléchir, la nécessité de « donner à voir » affaiblit la menace, et lui met à dos, pour de bon, une bonne partie de la communauté internationale, jusqu'ici indifférente.

Le Président nigérian, un modéré, élu par les nigérians modérés, refusant les clivages ethniques et religieux que l’histoire coloniale a légués, ne se trompe pas en en appelant au Président américain Barack Obama, détenteur de moyens sophistiqués, frappant de loin, mais avec précision. Malgré ses défauts, "moraux", et ses insuffisances, la guerre secrète et ses moyens discrets l’emportent sur les grandes expéditions.

Sceptique

* »Livres interdits ». Cette organisation islamiste cible la culture devenue mondiale, rivale de l’école coranique.