Et il le veut toujours, de la manière qui lui semble la plus avantageuse: s'exposer. 

Il était de cette espèce apparue dans les grandes banques, il n'y a pas loin de vingt ans, dans les "Salles de Marché", les traders, mettant au service de leur banque leur pratique des nouveaux moyens donnés par l'informatique. La transmission numérique à la vitesse de la lumière, qui est aussi celle de l'électricité dans les circuits dont est maillée la terre. Les banques avaient déjà l'expérience d'assister leurs clients pour les opérations de bourse de valeurs. Elles ont découvert qu'elles pouvaient gagner de l'argent en achetant et en revendant, en temps réel, des titres boursiers dont la valeur fluctuait à tout instant en plus, ou en moins, de quelques cents de dollar ou, bientôt, d'euro.

Acheter quelques milliers de titres, puis les revendre, presque immédiatement, pour quelques cents de plus à l'unité, créait un bénéfice non négligeable. Répéter ce type d'opérations, avec un flair favorable aux valeurs tirées vers la hausse par un engouement créé, lui même, par les premiers résultats obtenus. Tout l'art du trader consiste à sentir le bon moment pour acheter et revendre avec un bénéfice.

L'usage ne tarda pas de payer aux traders un "bonus", proportionnel aux gains réalisés grace à leur savoir faire, qui ne se basait nullement sur la situation réelle des entreprises représentées par leurs titres. Je simplifie!

Il faut se souvenir qu'auparavant, le Banques se faisaient payer leurs services par les dates de valeur : un mouvement de fonds quelconque (versement de salaire, paiement d'un achat important, règlement q'une échéance), n'apparaissait pas immédiatement sur le compte à créditer, mais restait quelques jours dans une masse monétaire virtuelle, mise sur le marché, et prêtée à coup sûr et à très court terme. Les intérêts payés à la banque pour ces prêts constituaient une part essentielle ce ses ressources, auxquelles s"ajoutaient les autres "frais bancaires", bridés par la concurrence.

Les frais contractuels existent toujours, mais les "dates de valeur", parfois très désagréables, et sources d'agios indus, ont été avantageusement remplacées par les prouesses des "salles de marchés".

Les positions dangereuses, contraires aux consignes, dissimulées, et finalement catastrophiques, prises par Jérôme Kerviel, se sont traduites par une perte de plus de cinq milliards d'euros.

L'obsession de cet homme était d'être le meilleur, le plus fort, capable de poser aux pieds de ses patrons un pactole de cinq milliards, et non, une "ardoise", du même montant.

De procès en procès, Jérôme Kerviel s'en tire avaec trois ans de prison ferme à accomplir, soit autour de deux ans réels. Mais il a été soulagé du pire: avoir à réparer la perte subie par la banque*. Sans cette levée de sanction, libéré, sa vie n'aurait jamais suffi, même en travaillant dans l'informatique, en couchant sous un pont, en s'habillant au Secours Catholique, en mangeant aux Restos du Coeur.

Maintenant, il peut espérer retrouver une vie normale, travailler pour lui, se faire oublier. Mais le martyr de Saint Sébastien, filmé et diffusé en boucle dans le monde entier, lui semble préférable. 

Sceptique

*La Société Générale ne peut être que stigmatisée, comme toutes les autres, pour avoir choisi ce mode de financement. Et d'avoir mal contrôlé ses traders, même si Kerviel a manoeuvré pour y échapper.