Les socioloques se sont penchés sur la baisse (potentielle) du niveau de vie, de nos générations atteignant l'âge d'entrée dans la vie active. Et le "Monde" de titrer "Une France qui sacrifie sa jeunesse!"

À quoi sert la reproduction, pour n'importe quelle espèce? À la maintenir en la renouvelant.

De ce point de vue, nous n'avons aucun souci à nous faire. L'espèce humaine, dans sa variété française, se maintient. Par contre, la maison commune se lézarde, prend l'eau et les courants d'air. Et comme il ne s'en construit pas assez, faute de finances, il faut que les générations se serrent dans ce qui reste habitable.

De l'avis des intéressés, la jeunesse n'est jamais, n'a jamais été, un moment idyllique, abandonné à regret. Installés dans la vie d'adulte, les anciens jeunes embellissent parfois leurs souvenirs. C'est le travail de polissage de la mémoire.

Constante universelle de notre espèce, ce sont les jeunes qui font la guerre, et qui y perdent la vie. Les survivants font des enfants qui combleront les vides. Face à un champ de bataille jonché de cadavres, Napoléon Bonaparte a laissé échapper:"une nuit de Paris effacera tout cela."

Ce n'est plus vrai, heureusement. Les familles n'ont plus autant d'enfants, et les jeunes ne meurent plus sur les champs de bataille. Mais dans la France d'aujourd'hui, la majorité, surtout la moins qualifiée, ne trouve pas de travail.

Ce n'est pas tant le travail lui-même, décrié depuis près de cinquante ans, que l'indépendance qu'il permet, qui pèse sur notre jeunesse. En majorité, elle peut compter sur la solidarité des familles, des "vieux", qui partagent avec eux leur revenu, qui leur en glissent une partie dans la poche pour leurs plaisirs quotidiens. Dans aucune classe, il n'y a culpabilisation des jeunes sans travail. Sans avoir besoin d'une fine compréhension de la question, les français constatent qu'il n'y a pas d'offre suffisante d'emplois, que les usines ferment ou n'embauchent pas. Leurs "jeunes" ne sont pas paresseux. 

S'il est de bonne hygiène mentale de vitupérer un coupable, le patron ou l'État, l'ampleur du problème fait tomber les bras, rend aphones les gosiers. "On" passe au concret, on met les couverts qu'il faut sur la table familiale. Les petits amis, les petites amies, sont bienvenus. Ils peuvent même partager le lit.

Cette solidarité ne peut figurer dans les statistiques, et elle ne fait pas l'affaire des politiques, dont certains voudraient mettre les jeunes dans la rue, pour qu'ils donnent le coup de grâce à une société en panne.

Mais c'est pour le coup que les jeunes ne veulent pas partir à la guerre civile que "on" leur offre comme exutoire. Une sorte de "travail" au profit des nécrophages.

Malgré les efforts de ces derniers, l'indignation n'a pas pris en France. Si on considère les solutions que les familles ont trouvées, on peut se réjouir du démenti qu'elle opposent au dénigrement de bon ton qui les stigmatise.

Il reste que les politiques ont le devoir d'inverser cette tendance à l'involution de notre économie. En mettant de côté toute relativité, "on" se console de ce qu'elle n'apparaisse que comme une stagnation. Mais, pendant ce temps là, une bonne partie du monde remonte en puissance.

Trompés par le mouchoir qu'ils mettent sur la réalité, nos politiques se cramponnent à leur diagnostic erroné, et à la thérapeutique inefficace qu'ils en ont déduite.

Sceptique